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C’est au moment où le tennis féminin est saisi d’une pulsion belliqueuse, concrétisée par une armée de soldates en jupettes, qu’il met au pouvoir le dernier vestige de sa galanterie passée: Kim Clijsters, 27 ans, archétype de la bonne copine, de celles qui prêtent leur gel douche et ne cultivent aucune animosité.
A peine sortie de sa retraite, la Belge a remporté les deux dernières levées du Grand Chelem, pour porter son total personnel à quatre. Dans quelques jours, elle rentrera à la maison où, alternativement, elle prendra soin de sa famille et de sa condition physique. Tout le monde pense qu’elle poussera jusqu’aux Jeux olympiques de 2012, à Londres, puis décidera de donner naissance à un deuxième enfant.
Aménité racoleuse
Na Li, première Chinoise en finale, ne lui a pas résisté, ou pas assez longtemps (3-6 6-3 6-3). Elle a d’abord profité du trac de sa cadette, avant d’y succomber elle-même, perturbée par ses propres supporters: «Je ne comprends pas pourquoi soudain, en finale, autant de Chinois ont entrepris de devenir mon coach. Ils ont passé leur temps à m’expliquer comment jouer au tennis, j’en ai eu assez. Mais je n’étais pas nerveuse, non. Jamais.»
Na Li est issue d’une province où, depuis son avènement, des filles de 8 ans s’entraînent entre quatre et six heures par jour. Elle s’est elle-même émancipée du monolithe chinois, perçoit l’intégralité de ses gains, et vit à Munich, où elle dépense sans compter. Une dépression l’a frappée à l’improviste: «Brusquement, j’ai mal vécu la pression. Les gens attendent toujours davantage et vous font sentir que vous êtes mauvaise.»
Na Li admet que l’expérience de son adversaire a joué: «Le vécu de Kim était un atout.» C’est au moment où le tennis féminin annonce la procession des clones tristes, fardées d’aménité racoleuse, qu’il abandonne les honneurs à une maman gâteau, les épaules carrées et quelques rondeurs suspectes, revenue de son idéal plan-plan pour gagner quelques titres – et deux millions de dollars hier.
Certes, Kim Clijsters cogne fort, et peut-être même le plus fort. A la différence qu’elle y ajoute une jugeote, une compréhension du jeu, dont ne s’embarrassent pas ses rivales post-pubères. «Quand j’ai compris que j’étais dominée, j’ai essayé de mixer, d’explorer d’autres variantes. J’ai commencé à lever la balle, à davantage «couper», et j’ai un peu brisé sa cadence. Peu à peu, elle a commis des fautes directes.»
Sa passion: gagner
Kim Clijsters occupera la deuxième place au prochain recensement de la WTA, sur les talons de Caroline Wozniacki. Son ambition n’est pas de régner, mais de gagner. «C’est ma grande passion, j’y prends un plaisir fou.»
A Melbourne, quatre anciennes numéro une mondiale sont parties en vrille (Safina, Ivanovic, Sharapova) ou à la retraite (Henin). Aucune ne parvient à installer sa domination dans la durée, au-delà du postulat athlétique et de l’obsession carriériste. Alors il reste Kim Clijsters, reine du grand écart, portée par des ardeurs buissonnières. Il reste un peu de chair dans ce monde de brut.
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