Le 07-01-2008 à 11:03:26, marianne58 a écrit :
Que le "reportage" de la "journaliste" ait constitué un scoop, Elise Lucet nous l'a abondamment répété... Qu'il mette en évidence les ambiguités, le double langage, etc de l'Arche de Zoé justifie peut-être qu'on l'ait diffusé. N'empêche que c'est surtout un bel exemple de confusion des rôles et de manque de rigueur professionnelle - d'où mes guillemets à "journaliste".... D'accord il est devenu banal de voir des "reportages" de journalistes "embedded" avec l'armée américaine en Irak, mais justement l'expérience a été plutôt douloureuse pour la crédibilité des journalistes, on aurait pu croire que dans la profession on en tirerait les leçons. De ce point de vue on aurait pu attendre de France 3 une condamnation de principe plus nette, ce qui est délicat quand, dans le même temps, on récupère les images filmées par une salariée de la chaîne, pour les diffuser comme scoop...
Quelqu'un qui se prétend journaliste se croit en mesure de faire un reportage professionnel sur une affaire dont elle est partie prenante en tant que membre de l'association et adoptante potentielle, donc juge et partie, le fait d'être en congé humanitaire à l'égard de son employeur France 3, tout en filmant ce qui pourrait devenir une "bonne histoire" (= vendable au plan professionnel) ajoute encore à la confusion... Ensuite cette personne échappe au procès parce qu'elle n'était là "que" comme journaliste... C'est vraiment du n'importe quoi !
En tout cas, le commentaire off du "reportage" qui s'étend à loisir sur les émotions et les sentiments de cette personne m'a paru parfaitement déplacé. La seule chose qui devrait avoir de l'importance dans cette affaire, c'est les émotions et les sentiments des enfants et de leur famille - du moins si on se place du pt de vue de l'intérêt des enfants !
Autre phénomène extrêmement choquant: le vocabulaire employé par ces prétendus "humanitaires" ("prendre" des enfants, en "avoir" 10, 15 ou 150, etc), et le pompon, dès le dossier rempli par les familles: changer le nom des enfants ! Si c'est pas de l'appropriation, du pillage, ça !
C'est quand même très fâcheux qu'autant de gens aient pu confondre leur désir d'enfant (respectable certes, mais fondamentalement égoïste), avec le projet d'aider des enfants (altruiste). La scène dans l'amphi de Cochin montre bien que tout le monde ne se laissait pas embrouiller (cf le monsieur qui trouve que faire atterrir un avion sans autorisation est problématique), mais que certains revendiquent délibérément de faire les choses à rebours de la législation (le médecin: "contrairement à ce qui se fait normalement pour l'adoption, là on aura (sic) les enfants d'abord, et on fera les papiers ensuite !" et la salle applaudit !).
Or si une législation existe, c'est notamment pour protéger les personnes vulnérables (les enfants par ex). Si on met son désir au-dessus de toute loi, eh bien c'est le désir du plus fort qui s'impose. La loi de la jungle, quoi. Exactement le cadre idéal pour éduquer des enfants, africains transplantés ou autres, d'ailleurs !
Et les personnes qui se permettent un tel délire de toute-puissance individuelle se considèrent en plus "civilisées" et en droit de juger les familles africaines qui font face comme elles peuvent, dans une situation dont l'Arche de Zoé ignore manifestement tout, et s'en glorifie ("on agit d'abord, et on réfléchit après" )...
Au secours !!!
Les gens qui surfent sur l'émotion et le mélange des genres sont des dangers publics, et, davantage que dans les milieux humanitaires où les gens sont sérieux dans l'ensemble, il y en a.... dans la sphère politique par exemple!
Que les media arrêtent de jouer sur l'émotion, l'immédiateté, la confusion et fassent leur boulot d'information approfondie et d'éducation de la réflexion critique, sinon on aura d'autres désastres...
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