Ce reportage met en avant un certain nombre de points intéressants. Je regrette toutefois le traitement beaucoup trop partiel du problème de la spéculation sur les matières premières. Au fond, le reportage ne nous apprend rien sur ce point et, hélas, on fait de la spéculation financière un bouc émissaire un peu trop facile de l'envolée des cours. C'est vraiment dommage que le lien entre spéculation et cours des matières agricoles n'ait été étudié plus en profondeur car le sujet est beaucoup plus complexe que ce que le reportage nous montre.
Par exemple, ceux que l'on désigne par "les spéculateurs financiers" (ce qui inclut les fonds d'investissement mais aussi un certain nombre de particuliers qui investissent dans des fonds matières premières par le biais de leur banque) investissent pour la très grande majorité dans des produits dérivés (futures sur matières premières) et non dans les matières premières elles-mêmes, ce qui mine de rien fait une sacré différence. En effet, le lien entre spéculation financière sur les marchés à terme (futures) et la volatilité des cours de matières premières physiques n'est pas si trivial que ça. Il serait donc intéressant de savoir exactement dans quelle mesure cette spéculation peur influencer les prix physiques. Malheureusement, dans ce reportage, on fait l'amalgame entre spéculation physique et spéculation financière, la spéculation physique (due à des négociants, à certains agriculteurs et même à certains pays) ayant pourtant un impact bien plus direct et immédiat sur le cours des matières premières. Le reportage a d'ailleurs correctement mentionné à un moment que certains agriculteurs stockaient leur céréales en attendant que les prix montent encore plus, ce qui est un parfait exemple de spéculation physique.
Pour moi la vraie question pertinente c'est: Quelle est la part exacte de la spéculation physique (agriculteurs, négociants, pays...), de la spéculation financière (fonds d'investissement, particuliers...) et du simple jeu de l'offre et de la demande (augmentation de la demande mondiale, événements climatiques...) dans la volatilité des cours de matières premières? C'est après avoir répondu à cette question seulement que l'on pourra résoudre le problème de l'envolée des prix de manière vraiment efficace. C'est sûr qu'il est beaucoup plus facile d'accuser le monde de la finance (sans forme ni visage) que de prendre la peine de réponde à cette question.