En ce moment je lis un livre, premier roman d’un auteur que, si j’étais un critique littéraire flagorneur à la solde des Editions de Fallois, je qualifierai de variété hybride obtenue par le croisement d'un Tom Sharpe et d'un La Bruyère. Je préférerai me contenter de dire que sa lecture en est souvent jubilatoire, ce qui n’est déjà pas si mal… Il s’agit de Quatre Enterrements et un Mariage de Matthieu Noli.
Pour me faire pardonner cette excursion dans un domaine qui n’est pas celui de ce forum, je recentrerai avec deux extraits plus en situation.
Tout d’abord, la description d’un critique gastronomique :
Jean Marc Dumont était un critique gastronomique à tête de fouine qui bataillait quotidiennement pour continuer à passer çà et là quelques chroniques fatiguées, mettant en avant, auprès de directeurs de journaux libidineux, des souvenirs de partouzes compromettants pour obtenir quelques piges.
Après avoir défendu les bienfaits des produits laitiers, les vertus des tripes et les qualités de l'agneau, en fonction des industriels qui l'avaient successivement débauché, Jean Marc Dumont était devenu un membre éminent du lobby des hygiénistes qui jugeaient une cuisine à la propreté de ses installations. Régulièrement invité sur les plateaux de télévision, il attisait les craintes morbides d'une époque décadente en brandissant à tout va le principe de précaution qui permettait irrémédiablement de faire taire les bons vivants. Parmi ses alliés, on comptait le président sectaire d'une ligue de vertu pudibonde et un médecin fou qui prétendait le plus sérieusement du monde qu'il convenait de porter des gants chirurgicaux dès que l'on sortait de chez soi pour éviter d'être contaminé par la prolifération de germes qui pullulaient partout. Lorsqu'ils rentraient chez eux, ces hurluberlus croyaient vraiment se comporter comme de modernes philanthropes.
Ensuite, la concrétisation de ce que j'ai bien souvent rêvé de faire dans certaines gargotes italianisantes où j’avais eu la faiblesse de me laisser entraîner :
Mais avant de se blottir l'un contre l'autre, ils burent tisane et racontèrent leur soirée. Zélie avait dîné avec Baptiste dans un restaurant italien. Comme de bien entendu, son frère s'était violemment querellé avec le serveur. Le prétexte de la dispute ? Ce dernier avait eu l'impudence de s'adresser à ses convives dans la langue de Dante, ce qui avait exaspéré Baptiste
- Écoute, Ducon Lajoie, avait sifflé Baptiste. Je t'ai croisé y a deux heures au supermarché. Tu commandais du jambon avec l'accent le plus parigot que j'ai entendu depuis des années. Pourquoi me parles tu en italien ?
- Veramente non parlo francese...
- À d'autres. Je n'ai aucune envie de faire comme 90 % de tes clients qui ne parlent pas un mot de rital, mais se senti obligés de massacrer un « grazie » pour faire plaisir à leur copine. Vous me faites ***** avec vos zantipasti, vos doltchevita et vos tiramisou !
- Stronzo !
Zélie, mi consternée mi amusée, avait insisté pour qu'ils restent malgré tout. Une fois sa colère passée, son frère s'était montré délicieux, calme et attentionné tout au long du repas, sauf avec le serveur.
Mais si je parle de ce livre, c’est qu’ayant fait des recherches sur pour connaître un peu mieux l’auteur (manie un peu stupide, car combien d’individus exécrables, voire pire, falots, ont produits des œuvres passionnantes, et combien de fois d’autres auteurs m’ont incité, trompé par leur charisme sur le plateau d’Apostrophes, à acheter des livres qui me sont tombés des mains) j'ai été aiguillé vers une page consacrée aux variétés nouvelles de pommes de terre :
http://www.rungisinternational.com [...] llepdt.asp
En effet Mathieu Noli fut journaliste dans Rungis Actualité… Il n’est pas de sot métier !
Et de fil en aiguille, je suis arrivé sur cette page consacrée aux nouveaux produits du marché de Rungis :
http://www.rungisinternational.com [...] /index.asp
Si ce chapeau sanitaire
me parait plus apte à intéresser les producteurs de Masterchef que bibi, on y trouve aussi de nombreux produits qui me font rêver, et dont je sais que je ne pourrai malheureusement jamais me les procurer...
Peut-être que certains participants de ce forum partagerons mes tentations ?
Bienvenue au club des frustrés…!

Message édité par grisbiche le 03-11-2011 à 18:39:44
---------------
L'homme ne communique avec son semblable que quand l'un écrit dans sa solitude, et que l'autre le lit dans la sienne. -Gómez Dávila