Je ne suis pas d’accord. Si je suis le premier à regretter le manque de vigueur du Tabasco vert, il compense ce défaut par un parfum beaucoup plus développé que celui du rouge.
On a souvent le tort de considérer les piments comme des brûle-gueule se distinguant surtout par leur position dans l’échelle de Scoville. Or ils sont très différents aussi par leurs fragrances, aussi différents que peuvent l’être des olives ou des cafés.
Alors Tabascos rouge et vert dans mon placard, certes, mais aussi hot pepper sauce Encona, sauce piri-piri portugaise, sauce au piment thaï, etc…, chacune de ces sauces provoquant un plaisir particulier et unique…
A propos de piment, je veux pousser un coup de gueule (mais oui, brûlée par la capsaïcine…). Il est devenu désormais très difficile de se procurer les piments antillais au parfum si particulier, et sans lesquels les acras ne sont que de vulgaires beignets de morue relevés... Jadis présents sur les étals de légumes exotiques des grandes surfaces, en particulier Monoprix et sur certains marchés, ils sont remplacés par des piments d’origine africaine de même forme, peut-être aussi puissants, mais parfaitement insipides. Leur seul avantage - pour les commerçants mais pas pour moi- c’est qu’ils possèdent une peau plus dure et se conservent ainsi beaucoup plus longtemps. Quant aux magasins antillais, la mode est désormais au piment végétarien, variété certes parfumée, mais émasculée. Alors je pleure mon piment disparu. Je préfèrerais bien les larmes de sa présence…
Alors que l’on use et abuse du mot mondialisation, il est d’ailleurs frappant qu’il soit devenu de plus en plus difficile de se procurer certains produits exotiques. Alors qu’il y a quelques années, sans aller chercher la trompe d’éléphant ou la darne de caïman de la maison Corcelet, référence un peu trop folklorique pour être signifiante, je voyais quotidiennement sur mon bon marché de Mouffetard des singes séchés, et à côté des crabes de terre me reluquaient d’un air méchant avec leurs gros yeux exorbités. Plus rien de tout ça ! Mais sans nul doute une main de bouddha tendue s’accepte-t-elle plus facilement qu'une pince menaçante…
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L'homme ne communique avec son semblable que quand l'un écrit dans sa solitude, et que l'autre le lit dans la sienne. -Gómez Dávila