La lecture de cet article paru dans Le Monde d'hier
Bonnes tables du marché
Les restaurateurs seront-ils bientôt obligés de mentionner sur la carte : "produit frais", "surgelé", "conserve" ou "fait maison" ? C'est ce que l'on peut espérer du vote, fin décembre, par le Sénat en première lecture d'un projet de loi - déjà adopté par l'Assemblée nationale - visant à renforcer l'information des consommateurs.
Cette mesure de bon sens est destinée à faire cesser la confusion entre les plats industriels servis dans certains restaurants et la cuisine du marché élaborée à partir de produits frais. L'adoption définitive de ce texte et ses décrets d'application interviendront-ils avant la fin de la législature ?
Les professionnels sont partagés et le lobby agroalimentaire à la manœuvre. Voici, en attendant, quelques bonnes tables parisiennes de confiance. Christophe (8, rue Descartes, Paris 5e) est un passionné du produit. Il affiche même le nom de ses fournisseurs : veau de la boucherie Charcellay, poitrine rôtie rosé et haricots verts frais ! Cervelle meunière de Vadorin, l'un des derniers tripiers parisiens. Cave exigeante à prix serrés. Au déjeuner : formule à 16 euros. Menu : 19 euros (soupe de potiron, boudin basque et mousse au chocolat d'anthologie).
A L'Insoumis (22, rue des Capucines, Paris 1er), chaque jour une entrée, une viande, un poisson, un dessert différents (formule : 26 euros). Des goûts justes et de jolies bouteilles. Au pied de la butte Montmartre, La Galère des Rois (8, rue Cavallotti, Paris 18e) propose une délicieuse cuisine ménagère (soupe de pois cassés, terrine de sanglier, saumon à l'oseille, tartare pommes sautées) à des prix imbattables (formule à 13 euros, menu complet à 16 euros).
Décor d'autrefois, service aimable et carte des vins soignée. Le Coude-à-Coude (46, rue Saint-Honoré, Paris 1er) est un bistrot atypique, où l'on aime siroter le minervois de Marc Tempé (Domaine de Courbissac) en dégustant des charcuteries de l'Aveyron, et une entrecôte frites maison. Menu à 12 euros (midi) et 15 euros (soir). Au Gorille Blanc (4, impasse Guéménée, Paris 4e), Bernard Areny et son fils Benoît tiennent une ambassade du Sud-Ouest dans un décor rustique.
Petit menu traditionnel à 18 euros (midi), 25 euros environ à la carte : excellents filets de maquereau en escabèche, foie gras maison et gelée au jurançon, dacquoise aux noisettes. Chez Plume (6, rue des Martyrs, Paris 9e), Alexandre et Stéphanie Girault viennent d'ouvrir une rôtisserie à l'ancienne où ils servent des volailles avec de bonnes bouteilles de vin nature.
outre l'intérêt de laisser espérer une bonne nouvelle - mais encore faudra-t-il un nombre suffisant d'inspecteurs de la répression des fraudes, fonctionnaires comme chacun sait ... - m'a donné l'occasion, par le biais de la triperie Vadorin, de découvrir un article paru en 2008 dans Le Monde et donc de revenir sur un sujet injustement délaissé
depuis bien longtemps sur ce forum, les abats.
Aux meilleures tripes de Paris
Adoré ou détesté, le pied de cochon est un plat insolent. Comme la plupart des abats, il ne laisse guère indifférent. Il est mal vu des touristes anglo-saxons qui ont, à son égard, une réaction pour ainsi dire viscérale.
Il y a vingt ans, les Français consommaient bon an mal an, huit kilos de produits tripiers. Aujourd'hui, la consommation française annuelle par habitant est tombée à 2,7 kg, ce qui néanmoins en surprendra plus d'un.
Le goût pour les abats est une passion cachée. Une passion méditerranéenne, soulignée par Alexandre Dumas : "Sept villes se sont disputé l'honneur d'avoir donné naissance à Homère. La France et l'Italie se disputent celui d'avoir trouvé la préparation de la tripe de bœuf."
La frontière avec le monde anglo-saxon est à la fois culturelle et linguistique. L'ancienne médecine faisait de la rate (en anglais, spleen) le siège de la mélancolie et des humeurs noires. En France, "on se dilate la rate", note le sociologue belge Léo Moulin. Il oublie que lorsque, comme aujourd'hui, le veau d'or est vacillant, on peut aussi "se mettre la rate au court-bouillon".
Le cochon assure encore la moitié de la consommation des produits tripiers. Viennent ensuite, dans l'ordre, les abats de bœuf, de veau et d'agneau, les seuls à être pris en compte par la gastronomie officielle. Encore faut-il nuancer. Le rare et délicieux ris de veau et le foie de veau n'ont pas le même statut ni le même prix que les tripes de bœuf, la tête de veau ou les non moins délicates animelles, que le cuisinier Menon (1746) qualifiait de "rognons extérieurs".
Qu'est-ce que les tripes à la mode de Caen ? C'est une préparation culinaire du mésentère en patois normand, composée exclusivement des estomacs de bovins : la panse, le bonnet, le feuillet et la caillette. La panse, partie la plus importante, présente une surface externe légèrement cannelée, tandis que sa paroi interne est lisse. Le bonnet ressemble à un nid d'abeilles. Le feuillet, comme son nom l'indique, est composé de multiples feuilles. La caillette, ou franche-mule, qui assure la production des sucs gastriques, présente une paroi lisse et de couleur foncée. Après une nuit de cuisson dans une tripière, avec carottes, oignons, poireaux et bouquet garni, sans oublier le trait de calvados, les chairs deviennent savoureuses et fondantes. L'excellent tripier Maurice Vadorin (Paris-15e) les prépare ainsi chaque semaine, à emporter pour la clientèle du quartier.
En Afrique, les tripes sont sautées lentement, fortement pimentées, mais les chairs restent fermes, presque croquantes, comme au tout nouveau et élégant African Lounge (Paris-16e), où deux cuisinières africaines et un jeune chef français s'appliquent à nous familiariser avec les saveurs du Cameroun et du Sénégal.
Le tablier de sapeur est constitué des parties les plus épaisses de la panse, un des quatre compartiments de l'estomac des bovins, appelé aussi gras-double, ou bien de morceaux du bonnet en nid d'abeilles. Les tranches, marinées dans le vin blanc, sont panées et frites, servies avec une sauce gribiche. Ce plat typiquement lyonnais figure à la carte de Moissonnier (Paris-5e) et du Petit Mâchon (Paris-15e).
Au Quincy (Paris-12e) triomphent la tête de veau et les pieds et paquets marseillais, dans un genre d'avant la nouvelle cuisine que l'on croyait à jamais disparu, avec bibelots et nappes à carreaux. Le patron, c'est Bobosse, Franc-Comtois et volubile, déguisé en maquignon, intarissable sur les mérites de la tête de veau cuite entière, incomparablement plus savoureuse, en effet, que la tête de veau roulée. Son nouveau chef, Laurent Josépiak, un perfectionniste, vient de chez Benoît (Paris-4e), institution étoilée. Les pieds et paquets marseillais, à l'année sur la carte du Quincy, n'ont rien à envier à ceux de Reine Sammut à La Fenière, Lourmarin (Vaucluse). Les pieds d'agneau sont blanchis et flambés, les paquets de panse d'agneau garnis d'un hachis de poitrine de porc, d'ail et de persil. La sauce est relevée d'un trait de piment de Cayenne.
Deux autres bonnes adresses défendent à Paris cette tradition marseillaise : Gilles Ajuelos à la Bastide Odéon (Paris-5e) et Michel Rostang au Bistrot d'à côté (Paris-17e). Nadège Varigny a baptisé Ribouldingue son restaurant. C'est la meilleure adresse tripière du moment : langues d'agneau sauce tartare, salade de tétines de vaches, ris de veau, rognons, tripes au vin blanc, tête de veau poêlée gribiche figurent sur une carte aux prix forts raisonnables (menu carte à 27 euros).
Citation :
La panse, partie la plus importante, présente une surface externe légèrement cannelée, tandis que sa paroi interne est lisse. Le bonnet ressemble à un nid d'abeilles. Le feuillet, comme son nom l'indique, est composé de multiples feuilles. La caillette, ou franche-mule, qui assure la production des sucs gastriques, présente une paroi lisse et de couleur foncée
|
Rien de tel que de belles images !
Panse
Bonnet
Feuillet
Caillette
De quoi se précipiter sur des recettes de gras-double (tripes, sauce poulette, saladier lyonnais, tablier de sapeur ou simplement poêlé à la lyonnaise etc.). Reste à trouver un tripier ou un boucher/tripier mais le rayon boucherie des grandes surfaces est généralement bien achalandé en abats.