Hier, je me suis lancé dans une gribiche pour accompagner une langue de veau. Ce n’est pas ma sauce favorite, je préfère la sauce charcutière avec cet abat. Mais j’avais prévu une sauce à la tomate pour le thon de ce soir, et ça me paraissait trop proche. Bon, le début était déjà un mauvais présage. Je venais de mettre l’œuf avec le maximum de la délicatesse dont je suis capable dans l’eau bouillante, puis baisser le feu afin d’éviter une tempête qui risquait d’envoyer brutalement la coque vers les falaises d’inox, quand en prenant l’araignée pendant à la barre de la crédence, j’ai décroché une grosse cuillère qui a piqué un plongeon dans la casserole et a décalotté l’objet de tous mes soins mieux que ne l’aurait fait n’importe quel toque-œuf de compétition. Mais là n’est pas mon propos. Le raté de ma dernière gribiche bâclée dans la précipitation et la mauvaise humeur m’a incité à la monter précautionneusement. Et, effectivement, ces soins ont porté leur fruit. Un résultat crémeux mais ferme, onctueux comme un prélat. Il ne me restait plus qu’à ajouter les herbes hachées par le Kasumi que je ne sors que pour les grandes occasions (je ne suis pas un expert de l’affutage, et ce n’est qu’à reculons que j’entreprends de régénérer sur une pierre le profil peaufiné, à ce qu’il est dit, par un noble vieillard japonais –le fusil est quand même plus pratique). Mais bon, snobisme mis à part, je n’arrive pas à cette finesse de coupe sans écraser les feuilles avec aucun de mes autres couteaux, par ailleurs pleins d’autres mérites… Ayant donc le sentiment de faire partie des chercheurs de perfection dans la lignée d’Heston Blumenthal, je goûtais et décidais d’ajouter quelques tours de moulin à poivre. Un petit nuage de poudre à la surface, et, miracle, un coup de fouet magique a fait apparaitre devant mes yeux ébaubis …une sauce toute liquide avec des particules de jaune d’œuf flottant tristement entre deux huiles (sans doute l’arachide et le trait d’olive ajouté juste pour parfumer sans donner d’amertume…) !
Alors je m’interroge. Serait-ce le poivre qui a causé cette instabilité ? Ou est-ce le coup de fouet de trop ?
La veille, j’étais tout fier de moi, car j’avais réalisé un plat qui m’avait semblé réussi. Des côtes d’agneaux biens saisies à la poêle, à la surface dorée et imprégnées du parfum de branches de romarin, accompagnées de trompettes de la mort légèrement aillées, mais surtout d’une fondue de fenouil tranché fin à la mandoline, blanchi, puis caramélisé avec de la liqueur de myrte et rehaussé dans l’assiette d’une pointe de piment d’Espelette. Vraiment délicieux. D’ailleurs, je me suis fait engueuler ! Parce que je n’y avais mis qu’un fenouil et non pas les deux qui s’ennuyaient dans un bac du frigo.
Tout cela pour dire qu’il est plus facile de jouer au créatif que de réussir les grands classiques.
Pourquoi songez-vous à Masterchef ?
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L'homme ne communique avec son semblable que quand l'un écrit dans sa solitude, et que l'autre le lit dans la sienne. -Gómez Dávila