Hier soir, pigeon revenu rapidement à la cocotte dans l’huile d’arachide après avoir glissé à l’intérieur un quart d’oignon des Cévennes, une branche de thym, une branche de romarin, un tout petit bout de feuille de laurier, un huitième de citron vert, quelques grains de poivre de Sarawak, le tout coincé par un brin de persil – jamais cette petite bête n’avait ingurgité autant… Une fois la peau dorée, le pigeon fut retiré et réservé. Puis huile balancée dans l’évier, échalotes hachées fondues avec une noix de beurre, garniture aromatique : carotte et céleri branche en brunoise, déglaçage avec un verre de vin blanc et un demi-verre de liqueur de myrte corse artisanale, bouquet garni, ajout de cinq oignons grelot. Pigeon, le retour… Cocotte une quarantaine de minutes dans le four à 150°C. Enfin sauce passée au chinois avec la garniture foulée. Pigeon coupé en deux, intérieur retiré, et les deux parts servies sur un plat avec la branche de romarin et la branche de thym (pour faire jouli avec un peu de relief… !) et les cinq oignons grelots (nombre impair bien entendu ! pour faire jouli). Un petit tour de moulin à poivre, un brin de persil plat artistiquement disposé (encore pour faire jouli), Le cœur et le foie furent mangés en catimini par le cuisinier, sa convive et néanmoins épouse ne voyant vraisemblablement aucun inconvénient à en être privée.
Pour la garniture des petites pommes grenailles. Et là, la catastrophe ! J’avais prévu de les cuire à feu doux non épluchées avec juste la quantité pour couvrir le fond de la casserole, avec de l’eau à niveau et un morceau de beurre salé avec par-dessus une feuille de papier sulfurisé. Ce qui fut entrepris. C’est alors qu’ayant crû assurer mes arrière en réglant un minuteur à 15 mn, j’ai fait ce qu’il ne faut jamais faire quand on cuisine : partir vaquer à d’autres occupations. Contrairement à mon pronostic, l’eau s’était évaporée avant le quart d’heure prévu, et je fus alerté par une vague odeur de cramé devenant de moins en moins vague. Je suis parvenu quand même à sauver les malheureuses pommes de terre… Au prix d’un laborieux épluchage individuel de ces grenailles dont seule heureusement la peau avait brulé. Très fastidieux… J'étais puni de ma sottise : vouloir glacer avec la peau. Mais, finalement le résultat n’était pas inintéressant : un ajout d’une fragrance évoquant les pommes sous la cendre. Quand je pense que d’aucuns éprouvent le besoin de s’acheter des pipes à fumer… !

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L'homme ne communique avec son semblable que quand l'un écrit dans sa solitude, et que l'autre le lit dans la sienne. -Gómez Dávila