Citation :
Il n'y a aucune querelle sur le sujet
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Certes non, simplement prétexte à une dicussion amicale où les seuls projectiles pourront être les noyaux de cerise si la soirée est bien arrosée... Tiens, une autre utilité du noyau !
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Personne n'a jamais demandé expressément ' N'auriez-vous pas cette soupe Bouillabaisse avec des arêtes' ?
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Hum, j’en serais bien capable ! Et d’enfoncer le clou par une accusation de démagogie mercantile dans cette dénomination' Soupe de poissons en Bouillabaisse sans arêtes' !
Qui évoque pour moi les abominables - et là je suis sérieux et ne démordrai pas de ce qualificatif - boîtes de sardines à l'huile désarêtées destinées aux chipoteuses et aux mioches tyraniques...
Ceci-dit, pour moi, l’idéal, c’est le plat apporté avec les poissons entiers et le maître d’hôtel qui lève les filets devant moi…
Citation :
En ce qui me concerne, autre avantage, qui n'est pas flatteur pour moi : comme j’ai tendance à être toujours speedé et à manger trop rapidement, la présence des noyaux m’obligent à une dégustation toute en longueur, pour ne pas dire en langueur, que j’apprécie, me provoque un plaisir supplémentaire : lenteur que j’essaie d’observer, mais que j’oublie rapidement, hélas, si aucun frein extérieur ne vient me brider… Une raison aussi pour laquelle j’apprécie la cuisine asiatique avec ses petites découpes préétablies et ses baguettes.
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Je viens de tomber sur un passage exprimant bien ce plaisir accru par l’utilisation des baguettes (mais non, ce n’est pas par contamination marxothéodoricienne…) dans un roman de l’écrivain américain d’origine chinoise Chieh Chieng, dont je préfère donner le titre original A long stay in a distant land plutôt que le titre de la traduction française, Oncle Bo, qui apporte une malencontreuse connotation folklochinoisante que ne mérite pas ce livre…
Bo est le fils de Melvin, en perpétuelle relation conflictuelle avec lui, mais en fait très proche…
Bo était maigre, prétendait Melvin, parce qu’il ne se servait pas des bons ustensiles : l'ingestion de la nourriture était, chez lui, perturbée par l'usage de l'implacable fourchette, qui piquait et déformait impitoyablement les légumes, de l'inflexible cuillère, impropre à pincer et à saisir la viande avec la grâce et la précision d'une paire de baguettes - lesquelles constituaient une sorte d'extension des doigts - et de l'assiette plate et rigide, moins pratique que le bol dans lequel les grains de riz, formant un amas compact et facilement accessible, conservaient à la fois chaleur et saveur.
- Tu te bousilles l'estomac! Ton corps ne peut pas supporter ça ! hurlait il au beau milieu du repas.
Dans un sursaut, Bo lâchait sa fourchette ou sa cuillère qui retombait sur l'assiette avec un tintement.
Quel genre d'homme allait-il donc devenir, demandait Melvin, s'il ne mangeait pas avec des baguettes et ne sortait pas le week end ?
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Bo avait exprimé son désir d'efficacité le premier soir où il avait posé sur la table une assiette de riz d'un blanc immaculé.
- Je t'ai donné un bol, dit Melvin.
- Je préfère me servir de l'assiette, répliqua Bo.
- T'en servir pour quoi? demanda Melvin.
- Pour mettre mon riz.
- Tu peux mettre ton riz dans ton bol.
- Je peux t'en donner un autre, si le tien est sale, fit remarquer Esther.
Melvin leva la main.
- Une minute. Il y a quelque chose que je ne saisis pas, dit il en regardant l'assiette de Bo. Pourquoi ne pas utiliser le bol?
- Il est trop petit.
- Il contient suffisamment de riz pour me remplir la panse! dit Melvin en tapotant son ventre, dont le volume avait considérablement augmenté au cours des dernières années. Et j'ai un appétit bien plus gros que le tien.
- Pour un seul repas, dit Bo, je suis contraint de remplir le bol deux, voire trois fois. Je dois constamment piocher des légumes et de la viande dans les plats pendant que je mange. Alors que dans mon assiette, j'empile toute la nourriture en une seule fois. Je n'ai pas à me donner la peine de me resservir. Je gagne une dizaine de minutes à chaque repas. C'est plus efficace.
- Une partie du plaisir consiste à se resservir, rétorqua Melvin en désignant, d'un geste de la tête, trois plats contenant des brocolis, des épinards chinois et des crevettes.
Il pinça une crevette entre ses baguettes et l'agita sous le nez de Bo.
- Tu vois? C'est amusant, non?
Il la mangea, puis piocha dans les épinards, enroulant quelques feuilles fibreuses autour de ses baguettes.
-Je ne sais pas d'avance de quoi j'aurai envie, dit-il avant de les mâcher et de les avaler. Je suis peut être d'humeur à manger plus de crevettes. Ou de légumes. Va pour les crevettes. Voilà. Tu saisis? La liberté de choisir ce que l'on veut manger, en rééquilibrant à chaque instant le rapport entre viande et légumes, au lieu de tout balancer pêle mêle dans l'assiette... Et si je suis d'humeur carnivore ? Une simple assiette contenant de la viande et des légumes en quantité égale ne me satisfera pas. Ou si j’ai envie de manger des légumes? Ou si je change d'avis en cours de repas? demanda t il en piochant une autre crevette. Les baguettes sont des instruments démocratiques!
- Le bol et les baguettes appartiennent au passé, dit Bo. C'est comme les Mexicains : ils avaient coutume de piler leur nourriture dans des mortiers. Pourtant, aucun des restaurants du quartier n'utilise plus ces ustensiles.
- Est ce qu'on est en train de manger des burritos? Demanda Melvin en laissant tomber sa crevette dans son bol.
- Pas la peine de hurler! intervint Esther.
- Je dis simplement, continua Melvin en baissant le ton, que c'est un mauvais exemple. Et insidieux. Parce que, après tout, on n'est pas en train de manger des burritos, pas vrai? Ni des tripes à la mexicaine? Ou des chimichangas?
- Arrête, Melvin !
- Ou bien des tacos? Des tortillas?
- Tu te conduis comme un gosse, dit Esther.
- VU QU'ON N'EST PAS MEXICAINS, HEIN?
Esther se tourna vers Bo et, lui parlant d'une voix douce:
- Pourquoi tiens tu tant à ménager ton temps et tes forces?
- J'y tiens, un point c'est tout.
- C’est bien. Mais n'as tu pas suffisamment de temps et d'énergie? Pouvons nous t'aider en quoi que ce soit?
- Non.
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L'homme ne communique avec son semblable que quand l'un écrit dans sa solitude, et que l'autre le lit dans la sienne. -Gómez Dávila