Jadis, ce n'était pas le Cassoulet qui montait faire sa pub à Paris..
Edouard de Pomiane préférait aller le traquer in situ...
Il écrivait :
Il ne faut pas confondre le cassoulet avec un plat de haricots cuits avec du mouton, de la saucisse et même du confit d'oie. J'ai mangé du cassoulet dans quelques restaurants de la région où on est censé savoir le faire. J'ai éprouvé, je vous l'avoue, une grande déception [...] On me recommanda cependant la petite auberge d'un village situé entre Toulouse et Castelnaudary. Il y avait là, paraît-il, une vieille grand-mère qui avait conservé les bonnes traditions... J'y allai. J'arrivai vers deux heures de l'après-midi et lui demandai si elle pouvait me faire un cassoulet pour le dîner du soir. Elle se mit à rire et me dit : « Pour demain midi, il sera à peine prêt. » Je restai donc là et la vis faire. La conclusion en est que pour faire un bon cassoulet, il faut non seulement des haricots et de la saucisse. Il faut encore de l'amour, de l'amour pour le cassoulet, de l'amour pour ceux à qui on veut l'offrir.
Voici comment je vous conseille de faire, si vous voulez arriver au résultat qui vous donnera la joie complète de la dégustation.
Faites l'acquisition des éléments suivants :
Beaux haricots blancs secs : 500 g. Couennes de lard grasses : 250 g. Épaule de mouton : 250 g. Saucisse fraîche : 500 g. Confit d'oie : 250 g. Graisse d'oie : 100 g.
Ayez aussi : sel, poivre, thym, laurier, 3 oignons et 3 gousses d'ail, 1 verre de vin blanc sec, 1 petit verre d'eau-de-vie d'Armagnac.
Ne soyez pas effrayés de la quantité de couennes de lard grasses. Elles disparaissent à la cuisson.
Dans une casserole de terre, posez les couennes coupées en menus morceaux. Couvrez-les d'eau et faites cuire à tout petit feu pendant trois heures en récipient clos. Ajoutez de l'eau, si vous le jugez nécessaire. Faites ceci la veille du jour où vous servirez le cassoulet.
Le matin du régal, prenez une cocotte de fonte. Posez-y les haricots bien lavés. Couvrez-les d'eau froide, puis rajoutez encore 3 verres d'eau froide. Salez très légèrement. Ajoutez les couennes de lard cuites la veille. Couvrez le récipient et laissez cuire jusqu'au moment où les haricots sont tendres. Il faut trois heures environ. Rajoutez de l'eau si l'évaporation est trop rapide. Pendant ce temps, vous prenez une seconde cocotte. Vous y mettez un peu de graisse d'oie. Vous faites dorer l'épaule de mouton coupée en petits morceaux. Ajoutez alors l'oignon coupé menu, laissez-le se dorer. Ajoutez les gousses d'ail écrasées, du thym, du laurier. Salez et poivrez légèrement. Couvrez tout juste avec de l'eau chaude. Posez le couvercle sur la marmite et laissez cuire une bonne heure. La viande est cuite.
Réunissez alors les haricots et la viande de mouton avec leurs sauces de cuisson. Ajoutez le verre de vin et la graisse d'oie. Laissez mijoter vingt minutes, en récipient découvert pour que la sauce réduise un peu. Elle ne doit pas être abondante. Pendant ce temps, faites dorer la saucisse dans une poêle à frire.
Ceci fait, versez dans un plat de terre creux, les haricots mélangés avec le mouton. Ajoutez le confit d'oie coupé en 4 morceaux, la saucisse cuite coupée en tronçons, le verre d'armagnac. Mélangez d'une main légère et portez au four après avoir rectifié le sel et le poivre.
En dix minutes, il se fait une peau gratinée. Effondrez-la et mélangez-la avec le reste. Remettez au four... Il se fait une seconde peau. Remélangez-la... et ainsi, 6 fois de suite, mélangez la peau avec le cassoulet.
Respectez la septième peau pour porter le plat à table. C'est la tradition des sept peaux du cassoulet.
Et si vous n'avez pas de confit d'oie ? Que faire ? Vous pouvez vous en passer. Remplacez même la graisse d'oie par de la graisse de porc. Quand vous mangerez du cassoulet, il ne faut rien servir d'autre. Peut-être une tranche de melon pour le précéder et un morceau de roquefort pour le poursuivre ?
Pendant le cassoulet, que chacun boive, à défaut de jurançon, la bouteille de vin rouge des Corbières.
(A table avec Edouard de Pomiane- Albin Michel)
Dans Le Code de la bonne chère paru chez le même éditeur, il en donne une version plus citadine :
Le Cassoulet
Plat succulent que l'on contrefait bien souvent. Pour jouir d'un bon Cassoulet, il faut mettre tout son cœur à le préparer, inviter de bons amis et avoir tout le temps de rester à table, à fumer une bonne pipe ou un fin cigare, en dégustant son café et une topette d'armagnac, car le Cassoulet passe difficilement.
Assurément c'est un plat cher... mais c'est si bon. Je me suis demandé s'il fallait le décrire au chapitre du mouton, au chapitre des haricots, à celui de la saucisse, ou à celui de l'oie. Je l'écris ici car, sans confit de canard ou d'oie, il n'est pas de bon Cassoulet.
Prenez :
Epaule de mouton coupée 1 kilogr.
Couennes de lard gras 500 grammes.
Haricots blancs secs 1 litre.
Oignons 125 grammes.
Lard gras 125 grammes
Confit d'oie 10 morceaux. Une belle saucisse de Toulouse.
Thym, laurier.
Sel, poivre, ail.
Vin blanc 1 demi-litre.
ler temps. — Portez dans une cocotte les haricots blancs avec les couennes émincées. Noyez le tout dans le vin blanc étendu avec assez d'eau pour couvrir amplement les haricots secs. Salez très modérément. Ajoutez les aromates et un peu de poivre. Couvrez. Laissez cuire pendant une heure et demie. A ce moment les haricots sont à moitié cuits.
2e temps. — Faites revenir l'épaule de mouton dans le lard gras fondu, avec les oignons émincés et deux gousses d'ail râpées. Ajoutez ceci aux haricots, couvrez et laissez au feu pendant une heure et demie, jusqu'à cuisson de la viande. Les haricots sont prêts. Les couennes sont savoureuses.
3e temps. — Ajoutez le confit d'oie et trois cuillères à soupe de graisse d'oie. Mettez tout dans un vaste plat de terre et portez au four. Il se forme rapidement une peau gratinée. Avec précaution, amalgamez-la avec les haricots.
Remettez au four. La peau se reforme, remélangez-la. Ainsi de suite, six fois.
Tandis que vous en êtes à la cinquième « peau de cassoulet », portez votre saucisse à la poêle sur un peu de graisse d'oie et faites-la sauter.
Respectez la septième peau. Sortez le plat du four, couronnez-le avec la saucisse, versez sur le tout la graisse de la poêle, puis saupoudrez de persil haché.
Portez sur la table le plat brûlant et trois bouteilles de vin blanc bien frais.
Si par malheur, vous ne possédez pas de confit d'oie, prenez un kilogramme d'oie coupée en morceaux et faites cuire en même temps que le mouton.
Et l'on ne peut que conclure, comme la bonne Anna dans son Carnet :
"Je n'ai jamais rien mangé de meilleur."
Message édité par grisbiche le 13-02-2009 à 17:49:34
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L'homme ne communique avec son semblable que quand l'un écrit dans sa solitude, et que l'autre le lit dans la sienne. -Gómez Dávila