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12 Juin 1940. Avec l’arrivée des troupes allemandes à Villeneuve, petite ville du Jura, c’est tout un monde qui bascule à jamais. Ils étaient des françaises et des français ordinaires, maris, femmes, notables ou paysans… ils deviendront patriotes, traîtres, collaborateurs ou résistants. Discutez sur ce forum de la série, ou de cette période de l'Histoire de France

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Auteur
 Sujet :

Souvenirs....Souvenirs

 
n°2474
Kootenay
Posté le 04-01-2012 à 21:09:22  profilanswer
 

Reprise du message précédent :
Agur Gislaure!  :)  

Citation :

Le fait de ne pas habiter  une région comme la tienne y fait pour beaucoup ! Ton vécu est complètement différent du mien  à part les tickets de rationnement qui étaient les mêmes  car je fus J2 et J3 en fin de parcours, et malgré ces rationnements, n'ai jamais manqué de rien dans mon quartier...


 
Mince alors! Je croyais que nous étions tous logés à la même enseigne durant ces années noires. Car en ce qui nous concernait, c'était simple, nous manquions de tout! Nous faisions un peu de jardinage, élevions quelques poules et lapins, mais pour le reste (viande, matières grasses, sucre et café) c'était macache!  
Au risque de sa vie notre père faisait des excursions en Espagne et en revenait avec des provisions toujours les bienvenues, en particuliers les conserves de "melocotons" que nous adorions.
Si mes récits t'intéresse toujours, alors va falloir t'accrocher car j'en ai des vertes et des pas mûres dans ma giberne aux "Souvenirs..."!  ;)  
 
Koot

n°2477
Gislaure
Posté le 05-01-2012 à 10:31:42  profilanswer
 

Le 04-01-2012 à 21:09:22, Kootenay a écrit :

Agur Gislaure!  :)  

Citation :

Le fait de ne pas habiter  une région comme la tienne y fait pour beaucoup ! Ton vécu est complètement différent du mien  à part les tickets de rationnement qui étaient les mêmes  car je fus J2 et J3 en fin de parcours, et malgré ces rationnements, n'ai jamais manqué de rien dans mon quartier...


 
Mince alors! Je croyais que nous étions tous logés à la même enseigne durant ces années noires. Car en ce qui nous concernait, c'était simple, nous manquions de tout! Nous faisions un peu de jardinage, élevions quelques poules et lapins, mais pour le reste (viande, matières grasses, sucre et café) c'était macache!  
Au risque de sa vie notre père faisait des excursions en Espagne et en revenait avec des provisions toujours les bienvenues, en particuliers les conserves de "melocotons" que nous adorions.
Si mes récits t'intéresse toujours, alors va falloir t'accrocher car j'en ai des vertes et des pas mûres dans ma giberne aux "Souvenirs..."!  ;)  
 
Koot


:hello: Mais bien sûr cher Kootenay que tes récits m'intéressent et certainement bien d'autres que moi sur ce forum ! Mais c'est vrai aussi que selon l'endroit où on résidait on pouvait manger à notre faim...Il est vrai que pour certaines denrées, café entre autre ça se traduisait par de l'orge grillée, mais cela ne me gênait pas personnellement dans mes souvenirs d'enfant...Et maman s'approvisionnait en épicerie toujours chez le même épicier dans notre petite ville, et de temps à autre il y avait  des petits surplus d'octroyés dans le panier en + des "tickets ayant droits"...Comme nous avions aussi de la famille paysanne à une cinquantaine de kms de chez nous parcourus en vélo (du déjà écrit) ça faisait "la Rue Michel", comme on dit parfois...
Bisous très humides ce 5 janvier au matin dans les Hauts-de-seine avec 9° au thermomètre extérieur...
Mamie 1  ;)

n°2478
Kootenay
Posté le 06-01-2012 à 01:45:23  profilanswer
 

Bonjour Gislaure!  
 
"La Mère Michel" je connais, mais "La Rue Michel" ça c'est nouveau pour moi!  :lol:  
 
OK, je continue avec l'été 1942:
 
 
 - "Un nouveau problème se présenta s'ajoutant à ceux déjà nombreux, mais cette fois il s'agissait d'Amelia. Deux gendarmes vinrent la voir à la maison et l'intérrogèrent longuement. Quelques jours plus tard elle fut convoquée au commissariat de police, aussi papa décida de l'accompagner. A leur retour nous virent bien à la mine sombre de notre père qu'il se faisait du souçi à son sujet, nous sentions bien que "quelque chose ne tournait pas rond".
Après s'être enfuie d'Espagne, Amélia avait été accepté en France, bénéficiant d'un statut de réfugiée politique, mais avec le nouveau régime en place sa situation devenait soudainement précaire.
 
Le dimanche suivant il fut décidé que irions tous pour un pic-nic à la plage, mais au dernier moment papa décida de demeurer à la maison avec Amelia et demanda à Trini de veiller sur nous. Comme nous allions nous mettre en route Amelia nous serra chacun dans ses bras et nous embrassa avec une émotion qu'elle avait du mal à cacher et je vis des larmes dans ses yeux. Je ne comprenais pas pourquoi elle semblait si triste, nous étions tous d'humeur joyeuse et de toute façon nous serions de retour dans quelques heures!.
C'est à notre retour de la plage que nous découvrirent la terrible vérité: Amelia était partie.
Ce fut un grand choc pour nous, nous ne pouvions le croire, c'était une blague et elle allait revenir! Mais non, ce n'était pas une blague. Papa nous expliqua qu'Amelia était en danger de se faire arrêter et d'être probablement renvoyer en Espagne où elle serait probablement jetée en prison... ou pire! Un des amis de notre père était venu la chercher pendant notre absence et l'avait conduite dans un lieu sûr, mais il ne nous dit jamais où. Trini était au courant et le pic-nic à la plage n'était qu'un pretexte pour nous éloigner. Je ne pouvais m'empêcher d'en vouloir à mon père, j'étais persuadé qu'elle aurait put demeurer avec nous, nous aurions pu la cacher dans le grenier, dans le garage ou les dépendances!
Quelques jours plus tard Gaston vint prendre Mercedes et Rufino qui partirent rejoindre leur mère. Trini demeura encore quelques jours avec nous, puis à son tour nous quitta.  
Brusquement il se fit un grand vide dans notre maison. Notre père engagea une bonne pour s'occuper de nous, elle s'appelait Françoise, elle était jeune et assez jolie.
 
 
Nous ne revirent plus Amelia. Durant l'été de 1945, alors que nous étions de retour à "Clo-Mi-Gi" après notre séjour à Ciboure, nous eurent la visite de Trini qui était alors mariée et vivait à Bordeaux. Mercedes et Rufino vivaient aussi avec elle. Et Amelia?
Nous savions alors que ce triste jour de 1942, c'est Gaston qui était venu chercher Amelia pour la conduire au Sanatorium de Cambo où elle fut employée sous un faux nom comme femme de chambre.  
C'était ça le "lieu sûr". Quand à ses enfants, ils avaient été plaçé dans une ferme des environs de St.Palais.
Maintenant nous apprenions de la bouche de Trini qu'Amelia était morte. Elle mourut en 1944, peu de temps avant la Libération et n'aura pas eu la joie de voir la fin de l'Occupation par ces "hijo de puta de fascistas" comme elle se plaisait à dire.  
Selon Trini elle n'était pas malade, elle était surtout minée par les misères et les chagrins qu'elle avait enduré toute sa vie. En plus, la séparation de ses enfants et nous autres avait été très dure pour elle." -  

 
 
Bon, pendant que vous dormez dans vos différents coins de France, moi j'ai l'heure du souper qui approche et grandement faim!  
Alors "see ya later"!  ;)  
 
Koot

Message cité 1 fois
Message édité par Kootenay le 06-01-2012 à 02:01:11
n°2479
Gislaure
Posté le 06-01-2012 à 19:58:31  profilanswer
 

Le 06-01-2012 à 01:45:23, Kootenay a écrit :

Bonjour Gislaure!  
 
"La Mère Michel" je connais, mais "La Rue Michel" ça c'est nouveau pour moi!  :lol:  
 
 
Koot


¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤ ¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤ ¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤
 :hello: Cher Koot...C'est avec une grande émotion que j'ai lu tes lignes ! Et je constate une fois de plus que tu as vécu des moments bien plus dramatiques que moi...
Quant à l'expression "ça fait la rue Michel", c'est peut-être une expression régionale  que j'ai entendu souvent venant de maman et ça veut dire que, de quelle que soit de la chose dont on parle, en fin de compte, tout est pour le mieux...ou c'est Ric et Rac...ou pile/poil ...Bref je n'ai pas consulté de dictionnaire pour  le moment pour savoir si on retrouve cette expression quelque part... :lol:  
Bises du vendredi soir à l'heure de la soupe chez moi !  
Mamie 1 :)  

n°2480
Kootenay
Posté le 06-01-2012 à 20:38:34  profilanswer
 

Howdy Gislaure !   :)  
 
Pour en savoir plus sur "ça fait la rue Michel", j'ai été consulter mon ami Mr.Google.  
 
Et voici le résultat:  
 
http://www.google.ca/imgres?q=rue+ [...] BCQ&zoom=1
 
http://www.google.ca/url?sa=t&rct= [...] 7k7k_PbbNQ
 
PS: Fais-moi savoir si mes liens fonctionnent chez toi, car il semble qu'ils ont parfois des problèmes à franchir l'océan.

n°2481
Gislaure
Posté le 07-01-2012 à 12:00:36  profilanswer
 

:hello: Cher ami lointain ! Ha ben voilà ! C'est exactement les termes que mon époux me disait ce matin en parlant de toi et cette expression "ça fait la rue Michel !" Lorsque je t'ai répondu rapidement je n'avais pas consulté M. GOOGLE ! et "Pile/Poil" tu as trouvé exactement le sens de cette expression qui t'échappait , et moi je pensais que c'était peut-être régional puisque tu disais ne pas connaître cette expression ! hi hi ! :pt1cable:  
On ne peut pas tout savoir, n'est-ce pas cher Koot ! Et M. Google  nous rend bien des services quand on lui pose des questions ! Et tes liens  me sont parfaitement parvenus et je m'en vais les enregistrer dans mes Favoris !
Bises toutes grises ce samedi matin 7 janvier 2012 en Hauts-de-Seine ...
Mamie 1  :whistle:  
**************

 
[/#00C638]

Le 06-01-2012 à 20:38:34, Kootenay a écrit :

Howdy Gislaure !   :)  
 
Pour en savoir plus sur "ça fait la rue Michel", j'ai été consulter mon ami Mr.Google.  
 
Et voici le résultat:  
 
http://www.google.ca/imgres?q=rue+ [...] BCQ&zoom=1
 
http://www.google.ca/url?sa=t&rct= [...] 7k7k_PbbNQ
 
PS: Fais-moi savoir si mes liens fonctionnent chez toi, car il semble qu'ils ont parfois des problèmes à franchir l'océan.

n°2483
Kootenay
Posté le 09-01-2012 à 20:37:31  profilanswer
 

Bonjour Mamie1 !  :)  
 
Pas grand monde sur ce forum, c'est le calme plat.
Heureusement que toi et moi sommes là pour faire la Rue Michel.  Hi! Hi!  :D
 
Que devient la Dame à l'Archet?  
 
Ici, la situation est simple... il pleut.  
Du jamais vu un mois de janvier! On se croirait au Pays Basque.
 
A la prochaine amie lointaine...  ;)

n°2486
rom rom0
Posté le 10-01-2012 à 20:03:16  profilanswer
 

:) Comme je disais tout-à-l'heure dans une autre rubrique, je refais surface et reprends contact avec vous tous les amis.
C'est avec grand intérêt que j'ai lu tous  ces grands chapitres précédents, les souvenirs des uns et des autres, et les aventures de Kootenai, son frère et copains.
C'est prodigieux, tous ces souvenirs, et merci à toi, Kootenai de bien vouloir nous les faire partager. Surtout pour les plus jeunes de ce forum, car Mamie 1 et moi-même qui étions enfant ou ado, nous réalisons très bien tout ce que tu racontes. Votre aventure au bord de la mer est vraiment à connaître, et est très édifiante. Ces jeunes allemands étaient loin d'être tous des brutes (comme dans toutes les armées du monde, d'ailleurs), et ils n'ont écouté que leur instinct d'être humain et leur conscience. N'empêche que vous ne deviez pas en mener large !
Quant aux restrictions, à part le manque de fruits autres que les pommes, les poires et les prunes, je dois avouer qu'à la maison nous n'en avons pas souffert. En tant qu'hôtel-restaurant, il y avait régulièrement des attributions spéciales d'un peu de légumes secs, de farine (pas blanche, bien sûr....) de lentilles... avec beaucoup de cailloux  (Oh, là, là, les séances de triage, le jeudi après-midi !!!!!!) de pois cassés, et de succédané de café !!!! (orge, et je ne sais trop quoi, et quelques grains de café !!!! (que nous nous empressions de mettre à part, et qui allaient rejoindre ceux déjà triés le mois précédent, et qui serviraient à faire enfin un vrai café un jour de fête quelconque !)
De surcroît, ma grand'mère, en bonne paysanne qu'elle était, bêchait, ensemmençait, plantait tout ce qui voulait bien pousser en cette terre des Vosges, et je me rappelle du champ (j'ai bien dit : du champ, et non du carré de jardin) de pommes de terre qu'il fallait planter, buter, ramasser les doryphores, et ensuite récolter, et tout cela à la bêche, la houe, et à la main !
Pour la viande, nous étions privilégiés, les cousins cultivateurs d'un tout petit village de Hte-Marne éloigné de 80 kms environ, tuaient de temps en temps un cochon, et toutes les femmes de la maisonnée, y compris moi, la gamine alors, s'occupaient ensuite à préparer toute cette viande, et je me souviens encore des saucisses fabriquées par ma mère, je n'en ai jamais retrouvé la saveur ailleurs ! Et je ne sais pas les faire !!!!!
De plus, mon père, transporteur, ramenait parfois un lapin, des poules, que sais-je encore, donnés par ses clients cultivateurs.
Je vous dirai que les bouches à nourir étaient nombreuses à la maison, parce qu'en plus de toute la famille, les 2 employées de maison présentes à l'année et faisant quasiment partie de la famille, il y avait toujours 4 ou 5 jeunes gens, changeant de temps en temps et venant de je n'ai pas toujours su d'où, soit-disant commis-chauffeurs, mais qui étaient en réalité des réfractaires au STO, qui mes parents cachaient avant de les envoyer plus loin dans des campagnes plus retirées.
J'rarrête là pour ce soir, car cela devient un vrai roman-fleuve, et en résumé, je n'ai pas grand chose de plus à dire sur ce sujet.
A bientôt, tous, et bises de
Mamie 2.
(Je ne relis pas, excusez les fautes et fausses-frappes !)
 :hello:

n°2558
Kootenay
Posté le 20-02-2012 à 21:49:57  profilanswer
 

Bonjour tout le monde!  :)  
 
Bon, je fais une petite incursion dans mes cahiers aux souvenirs:
 
 
L'Etoile Jaune
 
- C'était pendant les vacances scolaires de 1942. Un dimanche mes 2 frères et moi nous nous rendirent à St Jean pour une séance de cinéma. Notre père donna 5 francs à Claude, chaque place coûtait 1 franc et avec les 2 francs restant nous pourrions nous acheter des friandises (s'il y en avait). Nous étions tout excités, le cinéma était de loin la suprême distraction, mieux que la plage, c'est pour dire!
 
Le cinéma était "Le Magic" et le film à l'affiche "Les Rois du Sport", un film comique avec Raimu et Fernandel. Comme nous pénétrions dans la cour de gravier du cinéma nous apperçurent Etché, un garçon que nous avions connu lors des Rassemblents scolaires au Parc Duconténia.  
Etché avait 13 ans mais en parraissait plus tant il était costaud pour son âge. Nous nous joignirent à lui et nous mirent à bavarder en attendant la 2e séance, la 1ère n'étant pas encore terminée. Les gens formaient des groupes, bavardant, riant, il y avait de la bonne humeur dans l'air.
 
C'est alors que mon regard tomba sur un petit groupe de personnes qui semblaient inusité parmis les autres. Il y avait un homme, une femme et deux jeunes garçons d'environ mon âge. Ce qui me frappa d'abord c'est qu'ils étaient tout de noir vétus, ce qui contrastait avec les robes fleuries des femmes et les chemises blanches des hommes. Chez nous, le blanc était de mise durant les beaux jours, nous-même étions vêtus de chemisettes blanches, pantalons courts blancs et socquettes blanches dans nos kneps blanchis. Je pensais alors que ce devait être une famille en deuil. Mais cela ne se pouvait pas, le deuil se portait pendant 40 jours pendant lesquels les divertissements, le cinéma compris, étaient bannis. Autre chose, l'homme et les deux garçons portaient des chapeaux noirs à bords ronds aulieu du traditionnel béret basque, la femme elle était coiffée d'un foulard noir, c'était le seul article vestimentaire que je trouvais normal. Je remarquais aussi quelque chose d'autre, ils portaient tous les quatre une sorte d'écusson sur le côté gauche de leur poitrine. C'était une étoile jaune, cousue sur leur vêtement et qui ressemblait à une étoile de sheriff mais plus grande. Quelque chose était inscrit sur l'étoile mais je ne pouvais déchiffrer quoi. Leur attitude aussi semblait étrange, ils se tenaient le dos au mur de la cour et regardaient sans mot dire la foule, complétement à part. La bizzareté de ces gens m'intrigua fortement et je demandait à mon frère qui étaient-ils? Claude les regarda et haussa les épaules en signe d'ignorance. Alors Etché dit: "Ce sont des Juifs!".
J'avais entendu parler des juifs à la radio en termes peu flatteurs et j'avais aussi vu des affiches les concernant, ils étaient accusés des pires méfaits. Et voilà que 4 d'entr'eux étaient là devant moi!  
Je les examinais alors avec plus d'attention, ils ne me semblèrent pas très dangereux, plutôt intimidés, tristes même. Par contre j'aimais bien leur "étoile de sheriff" qui me rappelait les films de cowboys d'avant la guerre avec Tom Mix.
 
A ce moment-là, la première séance terminée, les spectateurs sortirent par une porte latérale et nous pénétrèrent à notre tour. Quand plus tard nous sortirent à notre tour, avant de descendre les escaliers de l'entrée je cherchais des yeux dans la foule les "sheriffs", j'apperçu alors leurs chapeaux noirs dans la marée humaine qui s'éloinait. Puis ils tournèrent vers l'Avenue Victor Hugo et je ne les vis plus. -


Message édité par Kootenay le 20-02-2012 à 21:52:59
n°2562
rom rom0
Posté le 24-02-2012 à 19:07:01  profilanswer
 

Merci ami Kootenai de nous rafraîchir la mémoire. Ton récit est saisissant, et il faut avoir connu cette époque-là pour en comprendre toute la portée. N'est-ce pas, Gislaure ?
De plus, ta région était un coin de "passage" pour l'Espagne, donc d'évasion pour ces pauvres gens traqués, et cette famille que tu as remarquée alors, était sans doute loin d'être la seule. Mais c'est leur habillement singulier qui vous les a fait remarquer, à vous, les gamins que vous étiez à l'époque.
Chez nous il n'y avait qu'un couple,  d'un certain âge déjà, une mamie adorable et son mari (beaucoup moins plaisant !!!!...) qui ne faisaient pas de bruit, vivaient gentiment comme tout le monde au pays..  Mais un horrible corbeau a écrit son venin... et un beau matin la gestapo est arrivée ! La gentille mamie, Madame Joseph, l'appelions-nous,  est partie, et son mari (moins gentil), qui suivait, s'est affalé sur le trottoir victime d'une crise cardiaque ! Les gens de la gestapo l'ont laissé pour mort, sans faire plus attention à lui, et ont embarqué la gentille Mme Joseph toute seule.
Le M. Joseph avait eu la bonne idée de faire sa crise juste devant une maison occupée par des religieuses infirmières, qui l'ont prestement ramassé avant que les allemands ne se ravisent, et... il s'en est tiré ! Tant mieux pour lui, mais il n'en a pas été de même pour son épouse qui est morte à Auschwitz sur l'allée pavée des pierres gravées,  enlevées des synagogues....
Cela a été le seul épisode "juif" chez nous, mais je m'en rappelle comme si c'était hier....
A bientôt, les amis,
Mamie 2.

n°2563
Kootenay
Posté le 24-02-2012 à 21:58:22  profilanswer
 

Bonjour Mamie2 !

 

Il n'y avait pas une importante communité juive chez nous, il aura fallu la guerre et le port de l'Etoile de David pour qu'ils soient discernés des autres habitants. Ceux du cinéma "Le Magic" furent les premiers qui s'offrirent à ma vue, après si j'en ai vu d'autres, je n'en ai pas le moindre souvenir, excepté l'année suivante (1943) à Bayonne où je m'étais rendu avec ma mère.
Je me souviens que ma mère avait acheté des cerises, puis nous avions pris un fiacre et comme je m'apprêtais à manger mes premières cerises de l'année, ma mère me dit qu'il me fallait faire un voeux. Comme je mangeais mes premières cerises ma mère me demanda quel avait été mon voeux, je lui répondis alors: "Que la guerre finisse". Elle me répondit alors que la guerre finira bien un jour, mais il nous faudra encore attendre.

 

Un peu plus tard comme nous traversions la Place X (j'ai oublié le nom), j'apperçu un couple assis sur un banc et je notait aussitôt qu'ils portaient l'étoile jaune.
Ce sont les seuls souvenirs que j'ai de cette étoile.

 

Ma mère pris une photo de moi au pied du kiosque au milieu de la place, photo que je possède toujours et que je te ferais parvenir par e-Mail si cela t'intéresse de la voir!  ;)

 

Koot


Message édité par Kootenay le 24-02-2012 à 22:01:17
n°2564
Gislaure
Posté le 25-02-2012 à 16:28:41  profilanswer
 

Bonjour les 2 amis de ma génération !  Et concernant l'étoile jaune, j'ai le souvenir d'un Monsieur déjà âgé pour moi à cette époque, qui vivait seul et habitait juste en face de mon école publique.  Donc on le voyait tous les jours et souvent en ville lorsqu'il faisait ses courses ! A ma connaissance  il n'a jamais été arrêté...ce qui devait être extrêmement rare...peut-être a-t-il été protégé ? Je n'en sais rien...Par contre j'ai eu au moins 2 camarades d'école (filles car on était séparées des garçons par une grille) peut-être vers 1943 , qui était d'origine juive, car je me souviens parfaitement de leur nom de famille, et elle ne sont pas restées très longtemps dans mon école... Peut-être jusqu'à la libération car elles devaient demeurer dans de la famille ou chez des amis pendant une certaine période étant parisiennes toutes deux si j'ai bonne souvenance ! Je crois ne les avoir qu'une seule fois dans mes photos de classes ...
Hé dis-donc cher Kootenay, moi aussi j'aimerai bien voir cette "fameuse" photo...Et j'ai bien pris connaissance de ton message privé ...Tu sauras de quoi il retourne ...
Bye bye les amis @ +

n°2565
Kootenay
Posté le 25-02-2012 à 19:27:22  profilanswer
 

Hello les deux beautés !  :)  
 
Comme déjà dit et à part les deux cas mentionnés, je n'ai pas vu beaucoup d'étoiles jaunes chez nous, mais j'ai connu quelques personnes de confession juive, même si à l'époque je l'ignorait.
Il y avait le Dr. David* qui travaillait dans une clinique et aussi dans un Lazaret allemand. Je pense que c'est pour cela qu'il ne fut jamais ennuyé. Puis en 1944, alors que je fréquentais l'école de Ciboure, j'ai connu Pierre et ses 2 cousins, Henri et George.  
Je me souviens de leurs prénoms car nous les appelions respectivement: Pierre-le-Grand, Henri IV et George VI. Puis un jour ils disparurent, nous nous doutions alors qu'ils étaient juifs.  
Au début de juillet 1944, avec plusieurs groupes d'enfants, mes frères et moi furent expédiés dans des fermes de Baigts-de-Béarn jusqu'à la mi-septembre. Au mois d'octobre nous retrouvèrent l'école et surprise, Pierre et ses cousins étaient à nouveau parmi nous! J'appris alors qu'ils avaient été placé dans une ferme de Salies-de-Béarn, seulement à quelques kms de l'endroit où nous trouvions.
 
* C'est lui qui rafistola la tronche de mon père après 2 semaines passées à la Villa Blanche de Biarritz.


Message édité par Kootenay le 25-02-2012 à 19:29:00
n°2597
KadajYagam​i
Posté le 21-03-2012 à 17:38:15  profilanswer
 

Un petit passage pour vous dire Bonjour et pour vous remercier une fois de plus de bien vouloir partager toutes vos anecdotes et vos souvenirs dont je me délecte sur ce forum.
 
Un coucou plus particulier à notre doublette de Mamies du forum ainsi qu'à Kootenay ;).
 
A bientôt avec cette nouvelle saison qui approche (les 2 premiers épisodes sont disponibles en avant-première ici ---> http://programmes.france3.fr/un-vi [...] e-1.html).
 
Benjamin

n°2598
Gislaure
Posté le 22-03-2012 à 10:33:30  profilanswer
 

Merci à toi KadajYagami de t'intéresser à nos souvenirs lointains et réels ! On verra  ce que nous réserve la suite de cette fiction !
Une bisou de Mamie 1 pour Benjamin s'il est accepté !
******************************************

n°2611
rom rom0
Posté le 27-03-2012 à 19:22:49  profilanswer
 

Un petit bonjour en passant, les amis.
Je suis heureuse de vous retrouver après une petite absence, et je suis prête à scuter tous les détails de ce qui nous sera servi ce soir !
Vous aussi, chère Gislaure ?
Pas eu le temps de visionner ces 2 épisodes sur le site si gentiment communiqué. Ce sera donc la sdurprise ce soir.
A bientôt les amis, et bisous de  
Mamie 2.

n°2615
Kootenay
Posté le 27-03-2012 à 20:54:44  profilanswer
 

Bonjour Mamie (globetrotter) 2!
 
Enfin te re-voilà parmi nous, toute bronzée et les yeux tout plein de nouvelles merveilles découvertes.  :)  
 
Welcome home et à + sur le net!
 
Koot

n°2620
rom rom0
Posté le 28-03-2012 à 12:12:16  profilanswer
 

Oui, cher ami, mais pas pour longtemps !  
Je penserai beaucoup au Village Français ces prochains jours....
A bientôt les amis.
Mamie 2.

n°2686
Kootenay
Posté le 04-04-2012 à 21:09:56  profilanswer
 

Hello la compagnie !
 
Bon, je secoue la léthargie qui m'accable depuis quelque temps et ouvre les cahiers de souvenirs.
 
Juin 1942
 
- Nous étions à la mi-juin, dans 1 mois ce serait les grandes vacances et alors à nous la plage!
 
L'école laïque que nous fréquentions avant l'Occupation ayant été fermée nous avions été casés dans une école libre où nous passions la majorité de notre temps à prier et chanter des cantiques.  
Je n'aimais pas cette école et m'y rendre était toujours une corvée dont je me serais passé si je n'avais pas eu le plaisir de faire le chemin en compagnie de Marthia.  
 
Mais quelque chose d'inattendu allait se produire.
 
Une matinée, nous étions à peine de retour en classe après la récréation, quand soudain nous entendirent des hurlements et le bruit des bottes de soldats envahissant la cour au pas de gymnastique! Les soldats étaient vêtus de leurs treillis blancs de camp et ils s'alignèrent devant le préau l'arme au pied. La porte vitrée de notre classe qui était située la première à droite de l'entée principale s'ouvrit violemment, un officier entra et s'adressant à notre maîtresse, dans un français assez correct mais d'un ton péremptoire, lui demanda à voir le directeur. Complétement affolée notre maîtresse quitta la classe et courru vers le bureau du Principal à l'autre extrémité de la cour. Nous demeurions rivés à nos bancs, tendus et silencieux, pendant que l'officier visiblement impatient marchait de long en large en tapotant sa botte avec une baguette d'osier.  
Le Principal, un abbé, apparu suivi de notre maîtresse et l'officier quitta la classe pour se porter à leur rencontre. Aussitôt nous quittèrent nos bancs et nous agglutinèrent aux fenêtres pour voir ce qui se passait. Une discussion  s'engagea entre le Principal et l'officier, l'abbé faisait des gestes de refus tandis que l'officier agitait sa baguette. Finalement tout fut vite terminé, de retour dans notre classe notre maîtresse nous informa que l'école étaient réquisitionnée et que nous devions vider les lieux. Nous prirent nos affaires personnelles et nous nous assemblèrent dans la cour avec les enfants des autres classes où le Principal nous exprima ses regrets d'une voix qui tremblait. Et puis ce fut fini.  
 
La dernière chose que je vit en franchissant le porche c'est le Principal assit sur une marche d'une classe et il me sembla qu'il pleurait. J'aurais dû me réjouir moi qui détestait tant aller à l'école, mais au contraire j'épprouvais un grand malaise. -


Message édité par Kootenay le 04-04-2012 à 21:14:26
n°2688
Gislaure
Posté le 05-04-2012 à 10:24:24  profilanswer
 

Bonjour cher ami des Rocheuses et merci encore de ce nouveau récit de tes souvenirs qui ne sont pas de la fiction mais du réel...
Je ne sais pas ce que pense la majorité des "forumeurs" du dernier épisode du Village français paru cette semaine, quant à moi, j'ai toujours des doutes sur une certaine véracité des faits et gestes de certains...à suivre...
Avec un petit coucou de Seine & Marne en ce moment et un beau soleil .
Mamie 1
******

n°2697
Kootenay
Posté le 06-04-2012 à 00:05:49  profilanswer
 

Le 05-04-2012 à 10:24:24, Gislaure a écrit :

Bonjour cher ami des Rocheuses
Je ne sais pas ce que pense la majorité des "forumeurs" du dernier épisode du Village français paru cette semaine, quant à moi, j'ai toujours des doutes sur une certaine véracité des faits et gestes de certains...à suivre...
Avec un petit coucou de Seine & Marne en ce moment et un beau soleil .
Mamie 1
******


 
Hello Mamie1
 
Je viens de regarder les épisodes 3&4 sur la toile. Je ne sais pas maintenant quand je verrai la suite.   :??:  
Quand tu parles de faits dans le dernier épisode et sur lesquels tu as des doutes, cela m'intrigue beaucoup et me rend encore plus impatient de le voir.
Chose certaine, l'atmosphère douloureuse pour les familles juives, crève bien l'écran. Mais qui aurait pu imaginer une telle barbarie à l'époque ? Quand je pense que je vivait en ces temps-là! Mais qu'aurait compris un enfant de 9½ ans à ce qui se tramait ?
 
Koot

n°2698
Gislaure
Posté le 06-04-2012 à 09:35:24  profilanswer
 

Hello Koot !
Je me suis peut-être mal exprimée concernant mes doutes ! hé hé ! Pas de doutes sur tout ce que ces malheureuses familles ont subi, mais dans le scénario concernant différents personnages , dont le jeune chef de la police entre autre qui retombe amoureux d'une  juive , alors qu'il est capable du pire pour une autre...Mais ce n'est qu'une fiction comme il a été dit à différentes reprises depuis le début...donc, à suivre au prochain numéro !
Bises moins ensoleillée ce vendredi matin...
Mamie 1
******

n°2706
Kootenay
Posté le 07-04-2012 à 00:07:54  profilanswer
 

Le 05-04-2012 à 10:24:24, Gislaure a écrit :

Bonjour cher ami des Rocheuses et merci encore de ce nouveau récit de tes souvenirs qui ne sont pas de la fiction mais du réel...
Mamie 1  
******


 
Hello Mamie1 !  :)
 
Je me suis rendu compte que je n'avais pas terminé mon récit auquel il y a un épilogue:  
 
- Pendant tout le reste de l'été un homme appartenant au personnel de l'école vint une fois par semaine nous apporter à domicile des "devoirs de vacances". Il faisait sa "tournée" à vélo, il avait aussi les élèves d'Ametzague, d'Urtaburru et d'Acotz à visiter, ce qui représentait un joli circuit. Il ramassait les vieilles copies à corriger et les remplaçait par de nouveaux devoirs. Nous baclions nos devoirs en vitesse à fin de retourner à d'autres occupations que nous jugions plus importantes, comme le ramassage du bois (cela faisait belle lurette que nous avions vu un boulet de charbon), l'herbe pour les lapins ou nous promener dans la nature.
 
Quand à notre école, les salles de classe servirent d'entrepôt pour du matériel destiné à la Wehrmacht.  
Pendant un temps le préau eu même des chevaux comme pensionnaires!
La prochaine année scolaire (1942-43) nous trouvera dans une nouvelle école. -

n°2757
rom rom0
Posté le 12-04-2012 à 11:32:36  profilanswer
 

:hello:  :hello:  Bonour ami Kootenai, et tous les amis !
Merci de bien vouloir nous faire part de tes souvenirs d'écolier de cette période si troublée. Cela nous remet dans le bain du moment qui est à des années lumière de ce que connaissent les enfants du même âge à notre époque ! Il est bon de le rappeler, et si cela pouvait piquer leur curiosité et leur désir d'apprendre, ce serait la meilleure des choses.  
A bientôt tous les amis, et bisous de
Mamie 2.

n°2930
Marie9510
Posté le 15-04-2012 à 11:44:31  profilanswer
 

bonjour à vous tous amis du forum !! vos écrits sont passionnants et dommage que je manque de temps pour vous lire à fond....comme je l'ai déjà dit ailleurs sur ce forum, j'ai beaucpoup de respect pour vous qui avez vécu tant de drames et tant de mauvais souvenirs...ceci me rapproche de mes parents qui ne sont plus là pour m'en parler... :(  
 
vous lire me rassure sur les qualités des hommes et des femmes en général... :love: je vais revenir ici sur cette page et mon mari est aussi sensible à tous vos souvenirs...pour les mêmes raisons que moi...un grand merci donc de nous raconter cette période de notre Histoire...si j'ai bien compris Kootenay est au Canada ???  :pt1cable:  
 
je vous souhaite un très bon dimanche et bisous à nos deux "beautés" comme dit Kootenay....très gentil pour une femme d'entendre ce mot...belles de coeur surtout !!  :love:  :love: ce forum est formidable...tout simplement... Marie  :love:  :hello:

n°2975
Kootenay
Posté le 16-04-2012 à 17:56:02  profilanswer
 

Bonjour toutes et tous!
 
Pour commémorer le centième anniversaire de la tragédie du Titanic (15 avril 1912), plusieurs chaines de tv nous ont présenté depuis quelques jours divers films (il n'en manque pas) et documentaires sur cet événement.
 
En ce qui me concerne, la première fois que Titanic fut porté à ma connaissance ce fut en 1943. Jusqu'alors, même le mot "titanic" m'était inconnu. Le film Titanic passait alors au cinéma La Pergola à St Jean et je mourais du désir de le voir, d'autant plus que l'affiche était prometteuse. Malheureusement je restais sur mon envie.  
 
Après avoir vu le Titanic de James Cameron, j'ai consulté Wiki pour savoir combien de films avaient été réalisés au sujet de cette tragédie et je découvrit ainsi que mon Titanic de 1943 était un film allemand tourné pendant la guerre.
 
La raison qui me fait aborder ce sujet, c'est qu'hier soir sur History Channel j'ai regardé un documentaire intitulé Nazi Titanic et qui traite du tournage de ce film commandité par Joseph Goebbels. Film de propagande anti-british et qui coûta des sommes faramineuses, le film au final fut interdit de projection en Allemagne par  Goebbels lui-même, car il jugea que son film aurait été mauvais pour le moral de ses compatriotes à un moment où avec les raids aériens des anglo-américains l'Allemagnes subissait des Titanics quotidiennement.
Par contre Goebbel (histoire de récupérer une partie des sommes investies) accepta que le film soit projeté dans les pays occupés, d'où son passage en France.
 
Quand à moi à l'époque, je n'ai pas vu le film mais j'ai vu l'affiche!  ;)  
 
 
PS: Oui Marie tu as bien compris, je vis dans les Rocheuses, en Colombie Britannique et à la frontière du Montana.

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