Cette anecdote de fusil caché me remet en mémoire un fait qui s'est passé chez nous, et je rappelle : café-restaurant-hôtel. Avec des soldats allemands, du 1er au dernier jour dans la maison, au café, bien sûr, et parfois dans les chambres de l'hôtel, mais là, c'étaient des officiers. Ce n'est pas du cinéma, et je vous assure que je tremble encore aujourd'hui, retrospectivement. Je devais avoir 12 ou 13 ans. Pour vous situer les lieux : salles du café-restaurant, salle à manger, cuisine, le tout au rez-de-chaussée.
Chambres à coucher au 1er étage, et pour y accéder, un très bel escaler de bois à 2 volées avec un large pallier au milieu.
Grenier au 2me étage.
Mais seulement, dans ce grenier étaient aménagées 2 mansardes absolument indécelables. Et là, il y avait toujours des résistants de passage, des armes et des munitions.
Comment les allemands n'ont jamais deviné, eu la puce à l'oreille, et que nous n'ayons pas été dénoncés, encore aujourd'hui ne je comprends pas ! Mais c'est ainsi. Donc, je reviens à mon histoire.
Je me trouvais dans le couloir du premier étage, penchée sur la rambarde de l'escalier, et je vois ma grand'mère (petite dame âgée, veuve depuis 1918, très mince, avec un chignon grisonnant très serré, toujours vêtue de noir ou de gris ou de bleu marine, et un éternel tablier à bavette, lui aussi toujours noir, gris ou bleu foncés.
Mais elle avait quelque chose d'inné en elle, elle était très avenante, très gracieuse et souriante.
Que vois-je ? Ma grand'mère avec son tablier à moitié relevé sur un bras, et qui semblait avoir quelque chose d'assez gros dedans qui entame la descente des escaliers. Au même moment, en bas, un officier allemand a commencé à monter ces escaliers. Ils se sont croisés sur le palier du milieu, et je vois encore ma grand'mère se coller contre le mur, s'effacer du mieux possible pour ne pas gêner M. l'officier dans sa montée ! Et tout cela avec un sourire lumineux, et un petit bonjour de la tête. Elle a continué tranquillement à descendre le reste des escaliers, et une fois arrivée à la cuisine, à l'abri des regards indiscrets (cela je l'ai su tout de suite après), elle s'est affalée sur une chaise en tremblant de tout son corps.
Son tablier était plein de cartouches de fusil et autres munitions destinées aux maquisards !
Cela fut un fait parmi beaucoup d'autres...
Voilà donc, mon amie Gislaure, ce que l'histoire du fusil de votre papa m'a remémoré.
Je suis encore là pour pouvoir en témoigner, et ce forum m'en donne l'occasion.
Nous relatons, l'une et l'autre, ce que nous avons vu, ce que nous avons vécu, et à l'âge que nous avions à l'époque, les intrigues amoureuses nous passaient complètement au-dessus de la tête. Seuls les faits réels et tangibles dont nous étions témoins sont restés dans notre mémoire. A plus tard.