Bonjour les ami (e)s,
Je viens ajouter ma petite pierre à tous ces récits, racontant la même chose, chacun dans sa particularité ,et comme d'aucuns l'ont vécue, comme Gislaure.
En ce qui me concerne, je n'ai été que spectatrice, si l'on peut parler ainsi d'une période aussi tragique et douloureuse pour ceux qui étaient en plein dedans.
Le café-hôtel-restaurant de mes parents se situait au bord de la nationale allant d'Est au Sud via l'Ouest. C'est-à-dire : l'Est = le Nord, l'Alsace, les Hautes-Vosges. L'Ouest = la Hte-Saône, la Hte-Marne, et direction le Sud.
Tout ce qui circulait à pied, à cheval et en voiture, selon la formule consacrée, passait donc devant chez nous.
Je me souviens donc de ces files interminables de gens, de véhicules de toutes sortes, mais plutôt des charettes, poussettes, remorques, voire même brouettes (j'en ai vu !) et très peu de voitures. C'était une vraie désolation. J'entends encore ma grand'mère qui disait : "Mais ils vont où, par là ! C'est la direction de chez nous !" (Ma famille était originaire de Hte-Marne)
Plus tard nous avons su qu'ils n'étaient pas allés bien loin, (mais à pied c'était quand même très loin). A Combeaufontaine ils ont été mitraillés par les Italiens, si je me souviens bien, et ça a été un massacre abominable.
Je me souviens aussi d'un cas particulier, il s'agissait de la soeur d'une voisine (laqelle voisine travaillait chez nous).
Cette jeune femme habitait à Roubaix, son mari militaire quelque part, et elle avait une petite fille de 3 mois. Elle s'est mise en route à pied, sa petite fille dans une poussette (comme elles se faisaient à cette époque-là : basses avec des toutes petites roues), et un beau jour elle est arrivée chez nous, exténuée, à bout de forces, hâve et mourant de faim. Elle avait marché tout le temps, trouvant rarement des gens aidants, volant de la nourriture là où elle pouvait, avec la hantise du manque de lait pour sa petite. Et je ne sais pas pourquoi je me rappelle de ce détail, ce qu'il lui était le plus facile de voler, dans les jardins, c'étaient les tiges de rhubarbe ! Pour ceux qui savent ce que c'est, imaginez la nourriture !
Elle est donc arrivée chez sa soeur, et y est demeurée pendant toute la guerre. Son mari a été fait prisonnier. Lorsqu'il a été libéré, après quelques temps passés en famille, ils sont repartis à Roubaix. Mais la fillette n'était plus dans la poussette et gambadait allègrement !
Je ne vous en dirai pas plus au sujet de l'exode des civils, mais ce dont je me souviens, c'est que ça a duré plusieurs jours !
Et les allemands sont arrivés le 10 juin 1940.
Il faudra que je vous raconte cet épisode, à l'occasion.
Au revoir, à bientôt.
Votre autre mamie.