Tous les historiens un peu sérieux, et de quelque bord qu’ils soient, savent que le slogan "la valise ou le cercueil" n’est pas dû à l’OAS, que le FLN et ses complices chargent de tous les péchés du monde alors que cette organisation de résistance Algérie française, apparue en 1961, n’a eu qu’une existence très éphémère.
En appelant à la rescousse un livre de Paul Reboux intitulé Notre Afrique du Nord. Maroc. Algérie. Tunisie. Et sous-titré… "La valise ou le cercueil !" Un livre de 1960, 1961, 1962 ? aucunement.
Un livre paru en 1946 aux éditions Chabassol et où on peut lire : "Tandis que ronronne le moteur, je suis obsédé par une petite inscription que l’on a pu voir sur les murs de certaines villes d’Algérie : la valise… ou le cercueil !" Voilà les cordiaux conseils, voilà les aimables avertissements donnés par certains indigènes aux Européens, et lisibles sur les murs, tracés au goudron, charbonnés, peints à l’huile, ou même imprimés sur ces petits papillons de papier dont usent les propagandistes.
Il faut donc rétablir les faits sur la propagation du cri de guerre (étymologie de slogan) "la valise ou le cercueil", qui a été diffusé à Constantine dans un tract de 1946, émanant du courant populiste des nationalistes les plus radicaux, dont l’un des représentants, Ben Tobbal, exigeait le rejet des Européens, à l’exception des Juifs. Il faisait écho au leader Lamine Debaguine qui avait déclaré en novembre 1942 : "Il faut créer un fossé irréversible entre les Européens et nous."
En revanche, les nationalistes modérés de l’UDMA et les messalistes du MTLD considéraient les Européens, avant 1954, comme des Algériens appartenant à une patrie commune. La proclamation du FLN du 1er novembre 1954 affirmait le respect de toutes les libertés, sans distinction de races et de confessions religieuses. Ce jour-là il y eut peu de victimes européennes.
Cependant, la tendance populiste l’emporta dès le mois de mai 1955 dans le Constantinois, et particulièrement le 20 août, lorsque Zirout Youssef lança des hordes de tueurs dans d’horribles massacres, dans le but de rejeter à la mer tous les infidèles. Cette entreprise de fanatiques fut d’abord condamnée par Abane Ramdane. Mais en juin 1956, Abane et Ben M’Hidi appellent à la même violence aveugle, en réplique à l’exécution capitale de deux terroristes.
Le mot d’ordre est de "descendre n’importe quel Européen de 18 à 54 ans. Pas de femmes, pas d’enfants, pas de vieux". En contradiction avec le Congrès de la Soummam, qui avait ouvert la nation algérienne aux autres communautés, le Comité de coordination et d’exécution (CCE) opte en septembre 1956 pour la stratégie du pire. Le mot d’ordre est alors de "tuer un Européen, n’importe quel Européen". En décembre 1956, 95 Européens sont assassinés, et en quatorze mois de bataille d’Alger, le maire, Jacques Chevalier, déplore 314 morts et 917 blessés.
L’opinion française se représente-t-elle l’impact de cette tuerie sur une population paisible ? 300 et 900 sur un million, cela fait 18 000 morts et 55 000 blessés sur la population française d’aujourd’hui.
Malgré l’amélioration de la situation en 1958, le slogan "la valise ou le cercueil" est donc présent dans l’esprit des Français d’Algérie, il est évoqué par les médias comme une menace latente qu’il faut conjurer. Ce n’est donc pas l’OAS qui l’a inventé, même si certains de ses tracts le citent pour engager les Français à résister à la politique d’abandon du gouvernement. L’OAS interdit même aux Européens de choisir la valise, mais, après la fusillade de la rue d’Isly, cette interdiction ne sera plus respectée par une majorité.
L’historien Guy Pervillé "ne peut expliquer ni juger l’action de l’OAS isolément de celle du FLN". A partir du 17 avril 1962, en effet, c’est pour lutter contre l’OAS que le FLN déclenche une série d’enlèvements d’Européens, qui, en fait, n’atteignent pas des membres de l’OAS, bien protégés au centre des villes, mais des colons isolés dans le bled et des habitants des quartiers périphériques où cohabitent les communautés. La découverte de charniers près de Maison-Carrée augmente la peur et incite ces petits Blancs à quitter l’Algérie.
Même après les accords Susini-Mostefaï, et après le départ pour l’Espagne ou la France des derniers commandos de l’OAS, le FLN prend prétexte de la crainte de l’OAS pour poursuivre les enlèvements tout au long de l’année 1962.
Les quelques Français qui voulaient rester en Algérie en sont partis ensuite en raison des occupations de "biens vacants" ou prétendus tels par des Comités révolutionnaires, et des nationalisations des terres et des usines, conformément au programme autogestionnaire (hélas !) de Tripoli. Seuls sont restés ceux qui, comme les moines de Tibhirine, voulaient maintenir le dialogue interreligieux, et ceux qui, à l’instar de la famille Chaulet-Louanchi, avaient pris parti pour la rébellion. Mais certains semblent avoir eux aussi choisi la valise pour éviter le cercueil.
Maurice Faivre, historien
L'OAS a repris le slogan : ni valise ni cercueil, une patrie un drapeau
€u
nie
Juste une petite réflexion, pourquoi € gène tant ses détracteurs ??? parce qu'elle dit des vérités insupportables aux gens malhonnêtes.