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dajadi Tout le Sport : lalegende2, nwanda13 et 56 utilisateurs inconnus

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Auteur
 Sujet :

Breton et Dragons ou la "légende des sept îles".

 
n°171537
Un passant​1
Posté le 05-01-2012 à 08:59:17  profilanswer
 

Reprise du message précédent :
Non ?
Allons. Posez moi des questions.
Peut-être que ce qui suit éclairera votre lanterne :
 
L’INTERVIEW :
 
Vous : - Et il aura servi de guide dans le monde réel, c’est bien cela ?
 
L’auteur : - Tout à fait.
 
Vous : - Dites-moi. Aura-t-il trouvé ce diamant qu’il recherchait ?
 
L’auteur : - Oh oui. Il lui aura fallu chercher longtemps. Bien des fois il en a douté. Quand il revenait, là, sur son perchoir, face à  la mer et alors qu’il regardait les sept îles, il retrouvait l’espoir.
 
Vous : - Fallait-il l’un de ces dragons pour rencontrer une compagne dans la vie ?
 
L’auteur : - Tout à fait.
 
Vous : - Mais pourquoi ?
 
L’auteur : - Pour parvenir à faire le point entre des pôles de contradiction qu’ils soient féminins ou masculins. Ne serait-ce que l’aspect que peut prendre  entre deux personnalités, une relation qui devra se poursuivre au quotidien. Tout ce qui dans le passé et l’enfance, a permis la construction de l’être. Toute l’expérience acquise au fil des années qui peut induire de la méfiance, de la prudence, de l’incompréhension. Tous ces aspects corollaires qui viennent s’inviter au jour le jour et remettent en question  le charme, le plaisir, l’attirance de deux cœurs amoureux persuadés d’avoir rencontré le bonheur. Or Le bonheur est beau et fragile comme de la porcelaine. Il convient d’en avoir conscience. C’est pour cela qu’il doit s’efforcer de rester lui-même. Comment ne pas se trahir par la force des pressions qu’il aura à supporter d’où qu’elles viennent en société ?
 
Vous : - Oui, comment ?
 
L’auteur : - En se retrouvant dans un espace qui lui est cher, qui lui parle de son origine, de ses espoirs, de ce qu’il est vraiment. Et ainsi de se purifier de tout un écheveau de conflits, de mésententes, d’absurdité. Un amalgame dangereux dans lequel il est facile de se perdre. Il doit se retrouver face à lui-même, pour mieux se prémunir entre ce qui est vraiment essentiel et ce que sont des prétextes futiles, agacement, angoisse ou stress. Bref, là, sur son rocher, quand il regarde les sept îles, c’est une brise vivifiante qui vient le rafraîchir, lui rendre sa jeunesse et lui insuffler de l’espoir. C’est un souffle qui chasse les miasmes de son esprit.
 
Vous : - Oui mais ceci dit, il en reste un de dragon dont vous n’avez pas parlé.  Il n’a pas eu d’utilité celui-ci alors ?
 
L’auteur : -  Mais si bien sûr. Seulement regardez bien. C’est aussi une île et non pas un dragon.
 
Vous : - Ah, tout n’est pas perdu alors.

 
 :lol:  :lol:
 
Attendez, ce n'est pas fini.


Message édité par Un passant1 le 05-01-2012 à 09:01:42

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"L'avenir, il ne suffit pas de le prévoir mais de le rendre possible" A. DE SAINT EXUPERY
n°171538
Un passant​1
Posté le 05-01-2012 à 09:16:53  profilanswer
 

[i][/i]L’auteur : - Ah ah. Vous me faites rire !
 
Vous : - Et vous l’auriez trouvez où, cet ouvrage ancien,  enfoui sous les roches ?
 
L’auteur : - A Perros-Guirec en Bretagne. Une station balnéaire qui a toute une histoire derrière elle et qui s’est développée surtout au cours du vingtième siècle. Beaucoup de gens en ont découvert la beauté, l’originalité et y sont restés attachés. Mais ma famille elle, en est originaire. Tout au moins en ce qui concerne celle de ma mère alors que mon grand-père paternel lui, a fait construire à Trestrignel comme je vous l’ai dit, l’une des toutes premières villas qui est devenue une merveilleuse maison de famille.
 
Vous : - Mais alors le petit roi, c’est vous ?
 
L’auteur : - Oui un peu, c’est vrai. Mais pas seulement. Il y a toujours un dragon qui vous surveille quelque part, où que vous soyez. Et souvent, vous croyez qu’il ne vous veut que du mal. Seulement si vous avez suffisamment d’ouverture d’esprit et de cœur, que vous avez la capacité de passer outre les apparences, vous découvrez que les intentions ne sont pas celles supposées à votre endroit. Bien au contraire.
 
Vous : - Un dragon c’est en général quelqu’un très à cheval sur la rigueur, un poil maniaque voir obsessionnel à vos yeux. Il vous surveille, vous contrôle, vous dirige. Vous l’avez tout le temps sur le dos.  
 
L’auteur : - Je conçois qu’avoir un dragon sur le dos, cela doit être très difficile. On doit se sentir écrasé. Mais moi, je vois aussi l’inverse. Un dragon sur le dos duquel vous commencez un voyage dans la vie. Il vous surveille ? Oui, pour vous éviter de vous égarer et vous faire du mal. Il vous contrôle ? Oui pour que ce que vous faites vous soit utile et soit apprécié par votre entourage. Il vous dirige ? Oui, pour vous guider à travers le monde, pour vos premiers pas.
 
Vous : - Mais ça ne vous laisse aucun espace de liberté alors. Comment pouvoir oser prendre des risques, s’émanciper, se réaliser ? Comment s’échapper vers la vie dans ces conditions ? Est-ce que cela ne conduit pas à se sentir seul ?  Est-ce ce qui explique cette solitude que l’on perçoit comme un choix dans cette légende que vous nous contez ?
 
L’auteur : - Tout simplement parce que c’est un refuge naturel pour chacun, lorsque les conditions qui prévalent aux premières années de l’existence ou le contexte dans lequel vous évoluez à ce moment-là, vous y poussent.  
 
Vous : - Mais…
 
L’auteur :- Pas seulement, pardonnez-moi si je vous interromps. N’y a-t-il pas aussi une grande solitude pour des personnes adultes qui ne se sont pas ou ne se sentent pas intégrées dans la société. Soit par des concours de circonstances défavorables, soit par choix. N’y a-t ‘il pas aussi un besoin de trouver un refuge en soi-même. Et si l’on n’y parvient pas, des supports tels l’alcool, le tabac ou la drogue, voir le sexe, sont des outils démoniaques. Tellement pernicieux et dangereux qu’ils peuvent tout aussi bien aider à vous détruire.  
 
Vous : - Vous omettez le tissu social. Les amis. La famille.
 
L’auteur : - Il y a le regard de l’entourage, c’est vrai. Et il peut être un réconfort  comme il peut ajouter à votre mal être. Il y a en fait, beaucoup de solitude chez chacun d’entre nous. Soit on la combat ou on la fuit. S’il y a de l’amitié et de l’amour vrais, pas de la pitié ou cette soit disant sollicitude hypocrite qui en polluent la relation, on l’oublie. Soit on s’y enfonce. Et dans ce cas, nous n’avons pas ni le regard ni l’écoute nécessaires,  pour celles et ceux qui la ressentent comme une lame dans les tripes.
 
Vous : - Vous exagérez !  
 
L’auteur : - Nous, nous sommes pris par d’autres priorités. Celles de la vie.  
Celles que nous nous créons par besoin, par nécessité ou même par envie.  
Celles qui nous rendent sourds et aveugles si le reste ne rentre pas dans leur cadre.
 
Vous : - Et alors le « dragon » comme « zorro » vient à votre secours ?
 
L’auteur : - Ah ah ah ! Ne soyez pas excessif ! Venez donc à Perros. Regardez déjà sur quoi je suis assis là. Vous verrez que mon château de roches que l’on appelle « La pointe du château » en évoque déjà la forme. Voyez là, le museau dans la vague. La tête surmontée d’une petite crête. Le cou. Le corps qui est couché dans un sommeil de pierre. Si vous venez à mes côtés, alors vous serez déjà assis sur un dragon. Comme moi !
 
Vous : - Toujours votre imagination !  
 
L’auteur : - Allons, vous l’avez évoqué vous-même. Il y a des dragons qui ne demandent qu’à dévorer tout ce que vous représentez, votre âme, votre esprit, vos richesses, votre talent. Il y a peut-être un dragon chez vous, à côté de vous. Il vous domine, vous maintient dans ses serres, vous retient lorsque vous faites mine de vous échapper, vous soutient apparemment face à autrui et en fait vous détient sous son joug.
 
Vous : -. Notez quand même que chacun est libre de déterminer son existence et ce qui la compose. Chacun est libre de se libérer de toutes attaches trop castratrices.
 
L’auteur : - Ah, ah, ah. Pas si simple. « Chacun est libre de se libérer de toutes attaches trop castratrices. ». Voilà une belle idée en effet. Mais dans la réalité il me paraît inutile de vous brosser  toutes les situations qui la mettent en défaut. Il y en a tellement qu’un livre n’y suffirait pas.
 
Vous : -  Et une cohorte de dragons comme ceux que vous avez imaginés, peut tout aussi bien nous en libérer, c’est cela ?
 
L’auteur : - En fait, tout dépend de la façon dont chacun perçoit son dragon. Ces dragons-là, devant moi, lorsque je vois ces îles du haut de mon château de pierres et de mousse, ils m’ont soutenu. Ils m’ont aidé et ils continuent à le faire encore aujourd’hui, lorsque j’escalade et que je monte pour m’assoir sur ce que j’appelle mon trône. Un méplat de roches en suspens dans le vide. C’est là  que je regarde la mer et l’horizon. N’y a-t-il pas chez chacun d’entre nous des paysages, des repères, une maison, des objets qui sont autant de dragons bienveillants ? Non ?
 
Vous : - Au fait, à propos des îles, vous ne m’avez pas répondu. Il en manque une au moins ?
 
L’auteur : - Vous l’avez remarqué. Je n’ai pas cité « Rouzic » ni « Les costans ». Ces dernières ne sont que des roches regardant le large. Mais « Rouzic » elle, c’est une île particulière. Elle présente une pointe à l’est, toute blanche. Comme la chevelure d’un sage, un gardien magnifique. Un gardien tenant en son sein des sentinelles comme autant de princes de la mer et du vent.  Défiant toute imagination par leur seule présence, ces princes parés de rimmel autour de leur œil perçant de glace, se sont poudré d’or sur la blancheur nacré de leurs plumes. On les appelait les fous de Bassan. On pourrait les nommer «  fous  pharaon ». Que n’ai-je besoin d’imaginer autre chose.
 
Vous : - Vous avez l’âme d’un poète en fait.  
 
L’auteur : - Peut-être. La poésie n’est-elle pas la fille d’une certaine philosophie ?
 
Vous : - Quelle belle légende vous nous avez contée là.
 
L’auteur : - Une légende ? Pourquoi pas. Celle des Sept-Iles.
 
Vous : -  Franchement. A-t ‘on besoin pour autant d’évoquer ces îles comme des dragons ?
 
L’auteur : - Ca, cher(e) ami(e), c’est à vous d’en décider. Moi, voyez-vous, je me suis permis de vous proposer  ce petit conte, rien que pour vous faire partager ce qui est au travers de beaucoup d’imagination, certes, une réflexion mais aussi beaucoup d’émotion.

 
 
 [:arawak-:2]  
 
L.Y.S
 
N.B :  Ce petit conte n'était pas destiné vraiment aux enfants. Ce n'est qu'une fantasmagorie certes mais aussi un conte philosophique.  
Quand on écrit comme ça, on s'enthousiasme dans un premier temps. Puis un peu plus tard, le doute vous prend. La peur de ne pas être compris, de ne pas avoir su se faire comprendre. La peur du ridicule.  :heink:  
On se projette dans l'écriture et quelque part on se met en danger. C'est certain.  :whistle:  
Pourtant on espère toujours qu'avec un peu de patience et de persévérance, le lecteur trouvera au fur et à mesure du texte, un fil conducteur qui l'amènera à la conclusion.  :)  
Conclusion qui donnera l'éclairage nécessaire au récit. Conclusion à laquelle on adhère... Ou pas.  ;)  
Quoiqu'il en soit, sachez-le. La pointe du château, à Perros, quelque part, c'est mon royaume.  :jap:  
Mais ça au moins, vous l'avez compris.
 
 :lol:  :lol:  :lol:  
 
P.S : Pour celles et ceux qui ont reçu mon petit fascicule, ils auront noté que la deuxième partie a été depuis, sensiblement modifiée.
 
 [:armitage iii:1]


Message édité par Un passant1 le 05-01-2012 à 09:18:01

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"L'avenir, il ne suffit pas de le prévoir mais de le rendre possible" A. DE SAINT EXUPERY
n°171549
venturi6
Posté le 05-01-2012 à 17:27:44  profilanswer
 

lys, c'était royal .....de persévérance
je n'ai pas accroché (comme déjà dit, c'est perso) mais j'ai tout lu par respect du travail réalisé
 
comme diamant trouvé, n'est-ce pas une perle ?
(non loin de ces parcs à huitres)
 
chalut

n°171573
Un passant​1
Posté le 06-01-2012 à 09:53:03  profilanswer
 

:jap:  
 
Merci pour avoir eu la gentillesse de laisser un commentaire.  ;)  
 
On accroche ou pas, ce n'est pas un problème.  :whistle:  
 
De toutes les façons, ce n'est qu'une fantasmagorie un peu tirée par les cheveux. (C'est peut-être pour cela qu'ils se font rares sur mon front d'intello...).  :pt1cable:  
 
Ceci dit, n'est-il pas vrai que nous avons tous une ancre, une terre, quelque chose qui nous rattache à nos origines ?
Et toi ?  :sol:  
 
Bon w.e. A +
 
 [:arawak-:4]  


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"L'avenir, il ne suffit pas de le prévoir mais de le rendre possible" A. DE SAINT EXUPERY
n°171574
lap et dal
Posté le 06-01-2012 à 10:03:46  profilanswer
 

Tu dragonnes Passant  !   :pt1cable:  :pt1cable:  
  j'espère que la bête est passifique :lol:  :lol:

n°171642
Un passant​1
Posté le 08-01-2012 à 16:56:46  profilanswer
 

Absent quelques jours, je souhaite rendre un hommage à un homme remarquable et remarqué par ses pairs et au-delà.
 
Il adorait la voile et il m'avait parfois pris à bord de sa coquille de noix. Une coque minimale et profilée avec des voiles comme il faut pour filer sur l'eau au gré du vent. Je n'étais guère rassuré du haut de mes quinze ans mais lui, avec son bon sens et son caractère bien trempé n'en avait cure.
Son 505, il l'avait baptisé le "ZUT".
 
Tout à fait à l'image de sa vie. Tant il s'est battu pour ses convictions. Tant il a tempêté contre les administrations, les ministères, le ministres et consorts. Tant il a créé des structures, organisé des procédés pour aller plus vite et mieux s'investir sur le terrain. Tant il a bousculé les idées reçues, cherché à améliorer les techniques, découvert et affronté de nouvelles maladies infantiles. Tant il s'est escrimé à aider les mères démunies partout dans le monde et surtout en Afrique.
 
Ne l'appelait-on pas "Jean l'Africain" ?
 
Deux heures avant qu'il ne quitte le chemin, celui que nous poursuivons tous bon an mal an, alors même qu'il préparait déjà une intervention pour ses cent ans, il a téléphoné au ministère de la santé pour prendre un rendez-vous. Encore un projet essentiel qu'il avait en tête...
 
"Si tous les enfants du monde avaient pu lui donner la main, quels yeux éblouis auraient-ils eus en levant leurs petits visages vers le sien. Si tous les enfants du monde pouvaient savoir combien ce soldat, leur soldat, a lutté pour eux contre vents et marées... Ce serait merveilleux."
 
Ainsi en va-t'il d'un "sacré bonhomme" comme l'appelait ses collègues et ceux qu'il a formés à l'hôpital de Rennes, à l'académie de médecine, que ce soit en France, en Guinée, au Sénégal, en Afganistan ou ailleurs.
 
Et je l'ai accompagné une dernière fois hier, sur cette terre de Bretagne. Mon oncle.
 
Amicalement à celles et ceux qui liront cet hommage. Peut-être que quelques uns l'auront connus. Déjà, partout il nous accompagne au travers du "carnet de santé" de nos enfants. Ne lui a-t'il pas fallu dix ans de sa vie pour le mettre en place, à force de volonté et de conviction ?
 
"Si tous les enfants..."
 
Un passant.


Message édité par Un passant1 le 08-01-2012 à 16:59:57

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"L'avenir, il ne suffit pas de le prévoir mais de le rendre possible" A. DE SAINT EXUPERY
n°173538
Un passant​1
Posté le 19-04-2012 à 11:54:12  profilanswer
 

[:arawak-:4]  
 
Bonjour,
 
Puisque vous le méritez, je crois qu'une anecdote comme celle-ci devrait vous plaire. Simple, naturelle, tendre et assez réaliste, laissez vous aller et venez à la rencontre d'un rêve que j'ai fait et qui mérite de vous être raconté.
 
- "« POT DE COLLE »
Paris, cette cité magnifique qui vivait ses diversités par quartiers au travers de ses impasses, ruelles, rues, avenues et boulevards, sans compter les places, toutes particulières et avec leur propre histoire, Paris était il n’y a pas si longtemps, ma ville.  Non pas que j’y ai vécu ma vie durant, que nenni. Moi, je me suis baladé de ci, de là, dans mon pays. J’y ai trouvé tant de plaisir que je suis devenu en quelque sorte un baladin. Un explorateur de l’âme humaine si semblable dans le fond d’une province à l’autre et si différente par la forme. Mais pas seulement. Celui qui écoute et qui regarde parmi les rencontres, celui qui aime, découvrant ça et là au travers du quotidien, des richesses et des trésors cachés. Bien cachés parfois. Mais ne suffit-il pas de chercher. Et de le vouloir. Et de l’écrire.
Paris donc, m’a offert parmi bien d’autres, tant cette ville en est riche, une petite anecdote que je vais vous délivrer là, si vous le voulez bien.
Nous revenions donc d’un spectacle en soirée et nous devisions entre nous, ma sœur, son ami et moi sur le boulevard de Clichy. La vie nocturne battait son plein et les cars de touristes avaient déversé à Pigalle, leur trop plein de touristes assoiffés de ce qui fait la réputation de ce quartier. Les enseignes au néon scintillantes, les devantures explicites avec force photographies et autres suggestions, leur tendaient les bras. Quand ce n’étaient pas les rabatteurs ou autres chasseurs qui les dirigeaient dans un antre qui les avalaient eux et leur portefeuille plein de beaux billets verts. De préférence.
Nous n’avions que faire de cette animation que nous avions l’habitude de voir sans même la regarder, puisque nous habitions ce quartier. Ou plus exactement nos parents. Nous y avions passé notre adolescence et nous y avions nos habitudes, tant en faisant nos courses rue Lepic avec ses marchandes qui vantaient leur marchandise, qui la salade, la tomate ou la courgette, qui le poisson frais ou la volaille juteuse sortant tout juste de la rôtissoire. Moi-même j’avais eu le privilège d’avoir une chambre d’étudiant sous les toits. Toits en tôle desquels je sautais de l’un à l’autre au dessus de la cour donnant sur les huit étages de l’immeuble, pour aller voir les feux d’artifices de Montmartre après avoir vu ceux de l’Opéra ou de la Seine.
Ce soir là, ces facéties de jeune homme passées depuis quelques temps déjà, nous étions comme je vous l’ai évoqué, en train de marcher sur le trottoir du boulevard, lorsque nous avons traversé la rue Houdon. Des travaux sur le trottoir d’en face, à l’angle de l’immeuble, ont obligé ma sœur et son ami à se serrer l’un contre l’autre pour pouvoir passer. J’étais un peu plus en arrière. A ce moment une femme glissant à mon côté, vêtue d’un manteau sombre tirant sur le rouge, a bousculé ma sœur en forçant le passage. Le petit chien qui la suivait en trottinant était contraint de se presser tout aussi promptement, tiré qu’il était, par une simple cordelette attachée à son collier.
Loin de s’excuser la dame en question s’est retournée vers le couple et s’est mise à insulter ma sœur.
- Tu ne peux pas te pousser pé…asse.
Pardonnez-moi si je vous rapporte ce langage mais pour mieux comprendre l’usage de la parole de cette personne, il importe d’employer les mots gracieux qui lui viennent à l’esprit d’une façon naturelle. Cependant insulter ma sœur n’était pas la chose à faire car celle-ci non seulement a de la répartie mais aussi de l’esprit à revendre. Inutile que je fasse état de l’échange particulièrement élégant et courtois qui a suivi mais toujours est-il que celui-ci commençait à prendre un tour fâcheux. Les quelques passants témoins de la scène s’esquivaient en prenant la chaussée mais je remarquais quelques sourires en coin et un regard goguenard. Pour le touriste, c’était là probablement, la représentation d’une comédie traditionnelle tenant à la vie nocturne parisienne.  
Pour nous, le copain de ma sœur et moi-même, c’était une autre histoire. Point n’est besoin d’aller visiter le commissariat de quartier et de gâcher ainsi une soirée qui s’était déroulée de façon la plus agréable et intéressante possible. Donc je fais un signe de la main pour inciter le couple à s’éloigner et je retiens fermement la dite dame. D’une voix grave de commandement, celle que je sais employer en de rares occasions quand cela s’avère nécessaire, je lui demande de se calmer. Pendant que ma sœur s’éloigne, tirée par le bras par son compagnon, en continuant néanmoins à baptiser son adversaire de noms d’oiseaux dont certains me sont inconnus, je bloque la dite personne dans l’encoignure du magasin qui se trouve là. Le rideau de fer froid l’empêche alors de se glisser entre moi  et le mur.
Saisie par mon autorité et mes demandes pour qu’elle se calme, elle jette sur moi un regard étonné. Son âge… Elle n’a pas d’âge cette femme. La trentaine, la quarantaine. Mais peu importe. Elle semble pour le moins nerveuse et agitée, comme si quelqu’un la poursuivait. Mais le petit chien lui, au lieu de présenter les crocs comme il eut du le faire pour protéger sa maîtresse, geignait en se frottant sur mon bas de pantalon. Elle tenait la cordelette qui le retenait comme si elle s’agrippait à une corde l’alpiniste quand il vient de décrocher de la paroi et qu’il pend dans le vide. Elle se tut enfin et sembla attendre que je veuille bien la libérer. Ce que je fis séance tenante, quelque peu rassuré.
Erreur. Elle se précipita en courant vers le couple qui s’était éloigné. Je me lançais à mon tour à sa poursuite et je réussis à la rejoindre avant que ses imprécations n’obligent ma sœurette à revenir sur ses pas lui régler définitivement son compte. Oralement s’entend. Mais comme un banc se trouvait là, je parvins à faire asseoir la gracieuse créature un peu sèchement peut-être mais de façon efficace pour qu’elle pousse un petit « ho ! » de surprise. Entendons-nous bien, je ne suis pas une brute épaisse et ma corpulence n’excède pas une norme courante attribuée aux quidams de passage sur ce boulevard. J’ai cependant l’habitude de m’adresser à un public récalcitrant d’adolescents en veine de provocations au-travers de leur comportement disons… pour le moins perturbé.  
Et perturbée, visiblement, la dite personne que je retenais l’était. Avant qu’elle ne puisse reprendre la parole, d’une voix autoritaire, je lui demandais son nom. Elle en avala sa salive de travers et se mit à tousser. Je lui redemandais son nom et elle me répondit que cela ne me regardait pas. Ce que j’admis avec un bref sourire et lui proposant de me donner plutôt son prénom. Elle me donna le premier qui lui vint à l’esprit. « Gisèle. ».
Donc, me tournant vers le petit chien pressé contre mes jambes et continuant à couiner, je lui demandais comment elle avait baptisé celui-ci. Elle a redressé la tête, prit sa respiration et se tut. Intrigué par le fait qu’elle n’ait pas le réflexe instantané de nommer la petite bête blanche et noire à mes pieds, je la regardais plus attentivement. « Médor » bafouilla-t’elle. « Oui, c’est ça Médor ! ». Elle semblait admettre le fait qu’elle ait pu affubler ce petit bout de chien tout mignon, d’un nom aussi ridicule, comme une délivrance. Ce à quoi je lui répondis. « Mais il est adorable votre « Médor » ». Du coup, elle enroula encore plus la ficelle qui le retenait à son poignet. Peut-être avait-elle une crainte. Celle que je lui vole son petit compagnon.
Pendant ce temps ma sœur et son ami avaient disparu dans la foule. J’allais me lever pour continuer mon chemin quand cette charmante dame qui semblait calmée l’instant d’avant, s’en prit à moi. Un peu surpris par les ressources insoupçonnées qui l’habitaient, j’en vins à lui expliquer avec le plus grand calme, que j’inviterai mes collègues à venir la ramasser elle et son chien pour l’emmener au poste. Lui faisant par la même occasion, état de ma profession de commissaire de police. Oui, je sais le mensonge était trop gros pour être vrai mais eut égard aux circonstances, à l’heure qui se faisait tardive, au lieu un peu particulier dans lequel ce petit incident se déroulait, il eut son petit effet.
Et ainsi la dame de se calmer, la bouche ouverte, le regard étonné, coite définitivement. J’en profitais pour prendre congé. Et c’est alors que les couinements du petit chien séparé de mes basques, se firent de véritables gémissements. Mais je préférais prendre comme l’on dit « la poudre d’escampette ». Sauriez-vous me dire, vous d’où vient cette expression ?
 
Arrivant place blanche, je traversais le boulevard et comme je parvenais au trottoir d’en face, une petite boule  s’en vint malencontreusement buter contre moi. Baissant la tête, je reconnus aussitôt le petit chien. Il s’était libéré je ne sais comment de la cordelette et s’était donc précipité à ma suite. Surpris, je m’accroupissais et le regardais plus attentivement. C’était une sorte de fox, dont le poil tout blanc très propre au demeurant, faisait ressurgir d’autant la tache noire autour de son œil gauche. Ses yeux grands ouverts comme étonnés et surtout quémandeurs, se posaient sur moi avec une tendresse infinie. J’en fus saisi. Il y avait là comme une demande de secours, comme un espoir, comme un besoin pressant d’être rassuré par l’humain que j’étais. Pourtant un inconnu.
- Que fais-tu là ? Où est ta maitresse ?
Au ton de ma voix, il devina que je m’intéressais enfin à lui. Du moins je le suppose puisqu’il remua sa queue courte avec vivacité. Bien entendu, s’adresser à un chien c’est un bon prétexte pour parler tout seul. Mais là, je m’inquiétais vraiment du sort de cette petite boule blanche si expressive. Sauf que les passants, s’ils habitaient le coin, glissaient dans le paysage comme des fantômes, en tant que parisiens habitués qu’ils étaient, de voir des individus au comportement fantasque, voir franchement décalé. Mais ce n’était pas notre cas au petit chien et moi-même. Nous nous adressions l’un à l’autre, chacun avec notre propre langage. Toutefois je dois dire que s’il y en avait un plus intelligent que l’autre, ce n’était pas en ma faveur. Vu que je ne comprenais rien à sa demande en dehors du fait que j’avais pigé qu’il s’agissait bien de cela. Et lui par contre, essayant en vain de se faire comprendre.
A moins que je ne voulusse point comprendre. Car retrouver sa maitresse dans la foule était pour le moins illusoire. A l’évidence. Le prendre avec moi et l’amener chez nous m’était tout aussi impossible.  Nos deux chiennes, Myrtille et Syrah, nos six chats dont Archi, l’incomparable Archimède, ce chat qui se prend pour un chien, n’auraient pas supportés un tel affront. De maître ou compagnon vénéré, apprécié, je serai passé au rang de traître et d’usurpateur, aussi vite fait qu’un coup de foudre tombant sur notre toit. Ils auraient inventé moultes stratégies pour désorienter, stresser, perturber le nouvel arrivant. Étranger immigré d’une autre planète. Boule de poils n’ayant aucune odeur connue et reconnue par leur communauté. Bref. C’était mission impossible et je ne savais comment le lui faire comprendre à ce petit chien.
Mais lui, il insistait. Comme il se recollait encore à mes chaussures en s’asseyant entre mes pieds, tout frétillant et implorant, je le baptisais derechef : « Pot de colle ».

A SUIVRE...
 [:aureliealban:4]


Message édité par Un passant1 le 24-04-2012 à 20:16:17

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"L'avenir, il ne suffit pas de le prévoir mais de le rendre possible" A. DE SAINT EXUPERY
n°173561
Un passant​1
Posté le 20-04-2012 à 20:12:46  profilanswer
 

[:arawak-:4]  
 
SUITE :
 
 
- " ...Et je le baptisais derechef : "Pot de colle"
Et je ne croyais pas si bien dire.
- Viens là !
Je lui indique un banc et du doigt lui montre qu’il peut s’y cacher dessous. Très obéissant et confiant, il se glisse à l’endroit indiqué.
- Reste là ! Je reviens.
Encore un mensonge. Mais je n’étais pas à un mensonge prés ce soir là.
Toujours est-il que je passais le « Monoprix » au coin de la place, je traversais la rue Fontaine et au lieu de descendre directement dans la rue blanche, je continuais devant la pharmacie. Regardant en arrière, je ne vis nul chien, nulle petite boule blanche. Il avait donc parfaitement obéi à mes ordres et était resté sous le banc.
J’eus à ce moment-là comme un pincement au cœur, l’envie de retourner le chercher, le prendre dans mes bras et le rassurer. Mais je continue donc mon chemin en baissant la tête, plutôt honteux. Et mes yeux tombent sur… Une petite boule blanche qui m’attendait là. Stupéfait, je m’arrête net.
Comment, imbécile que j’étais, avais-je la prétention d’imposer à ce petit esprit volontaire, une autorité qui relevait plus de la lâcheté que d’autre chose ? Lui, malin voire espiègle, sans se faire remarquer, se glissant je ne sais trop comment entre les voitures – j’en tremblais devant le risque encouru- il m’avait non seulement suivi mais précédé. Disons-le, j’étais bien embêté. Partagé entre deux moi-même. L’un, prosaïque, sachant pertinemment que je ne pouvais lui accorder de venir s’installer chez moi. L’autre, sensible à son appel, à sa demande et cherchant en vain un compromis.
Or passé la pharmacie, nous nous sommes engagés tous deux, l’un suivant l’autre, c'est-à-dire moi derrière, dans la rue de Bruxelles. Et là j’entrevis la solution. Devant un restaurant il y avait une sorte de cage protégée par des grilles dans laquelle étaient entreposés des sacs de couleur écrue. Le tout fermé par un cadenas. Or une cordelette pendouillait là, inutile. Aussi je la saisis et faisant signe au petit chien de se rapprocher, je l’attachais grâce à son collier à la cage. Ce, non sans chercher une plaque, un nom, des références pour retrouver son maître. Mais il n’y avait rien de tel.
Vous dire qu’une fois « Pot de colle » attaché, je me suis éloigné sans remord, serait parfaitement faux. C’était un véritable déchirement. Il était trop mignon pour une telle forfaiture. D’ailleurs les pigeons qui s’étaient envolés des sacs écrus, contenant probablement dur riz, s’étaient alignés sur un encorbellement  de l’immeuble en face. Ils me considéraient ces volatiles, comme le font des juges derrière un tribunal. Ils clignaient avec leur paupière blanche, basculant la tête de droite et de gauche, me demandant si j’étais bien sûr de ce que je faisais là. Si je n’aurai aucun regret par la suite. Si j’étais vraiment capable de faire ça, moi.  
Moi, dont l’estime de moi-même ne pouvait qu’être sérieusement encornée, endommagée pour être responsable d’un tel abandon. D’un tel acte dont jamais je me serais cru capable. Je n’étais pas moi. J’étais un autre.
C’est ainsi que je suis enfui. Je suis revenu vite fait au numéro 84 de la  rue blanche. Pas très loin en fait. Mon domicile à cette époque, était proche de la place d’Italie.  J’avais pourtant gardé là  ma petite chambre d’étudiant sous les toits, au-dessus de l’appartement de nos parents. Elle me servait occasionnellement quand je venais voir mes parents dans le nord de Paris. De plus, je voyageais beaucoup en raison de mes occupations professionnelles.  Rentrant dans la nuit, je ne voulais pas déranger mon épouse. Elle me sert encore de ressource aujourd’hui, puisque je suis désormais en province.  
C’est ainsi que je me suis retrouvé bêtement assis sur mon canapé. Et ensuite… Eh bien figurez-vous que des larmes coulaient sur mes joues. Oh, oui je sais. Je suis trop sentimental. Trop sensible. Probablement ce côté féminin qui habite en moi et qui ferait rire les mâles, ces forts en gueule, ces rocs d’indifférence et d’égocentrisme. Bref. Mes pensées n’étaient pas à la joie et cent fois j’ai failli redescendre les huit étages promptement, traverser la rue, prendre la rue Fontaine et me précipiter pour détacher ce foutu « pot de colle » qui était venu empoisonner mon existence et me culpabiliser.
C’est à ce moment que quelqu’un a toqué à ma porte. Je n’attendais personne. J’ai répondu d’une voix étranglée et je me suis mouillé le visage au lavabo, comme quelqu’un qui voulait se rafraîchir. Puis je me suis dirigé vers cette porte à proximité, la chambre étant toute petite. J’ai ouvert et… Il y avait là, sur le seuil, une dame un peu échevelée, en blue de jeans et polo bleu, toute souriante, toute émue. Elle tenait dans ses bras un petit chien blanc avec une sorte de coquard sur l’œil. Stupéfait, je me suis assis ou plutôt je suis tombé dans le canapé, sans même l’inviter à entrer. Sauf à m’exclamer :
- Ah ça par exemple. Mais comment ?...
- Monsieur, commença la jeune femme. Je ne sais comment vous remercier.
- Mais je n’ai…
- Grâce à vous j’ai retrouvé mon petit trésor, m’interrompit-elle.
- Enfin, je… essayais-je de placer.
- Figurez-vous que je suis fleuriste à en face du métro Anvers. Je venais de fermer mon magasin et j’étais occupé à nettoyer et à préparer la venue du camion de livraison en provenance de Hollande. J’avais laissé la…
- Mais entrez, madame.  
Je venais de me rendre compte qu’elle restait sur le seuil.  
- Excusez-moi. Je n’ai pas beaucoup de place. Prenez cette chaise voulez-vous ?
 
 
Elle jeta un coup d’œil sur la pièce comme si elle la découvrait et en marchant de côté pour pouvoir passer devant moi, elle rejoignit le siège que je lui avais indiqué. Elle posa son petit colis par terre où il s’assit en me regardant.
- Ah, oui merci. Je ne me suis même pas présentée. Madame Courtil dit-elle en s’asseyant.
Je fermais la porte. Elle reprit aussitôt la parole.
- En fait, j’avais laissé le portail de la cour ouverte pour que le camion de fleurs puisse entrer. Quelqu’un en a profité pour attraper mon petit chien qui était en train de faire un tour dehors. Une femme. Elle l’a attaché et elle est partie avec. Je l’ai vue de la vitrine dans laquelle je faisais la poussière. La porte du magasin étant fermée et comme je n’avais pas les clefs sur moi, j’ai été obligée de passer par derrière et par la cour. Ce qui m’a fait perdre du temps pour la rattraper.
- Voulez-vous boire quelque chose. Lui dis-je, comme s’il s’agissait d’une banale visite. Il est vrai aussi que je proposais cela devant ce flot de paroles qui m’étourdissait.
- Non merci. Répondit-elle avec un léger sourire. Il faut que je vous dise que je suis allée  à sa poursuite en laissant tout ouvert. Enfin la cour, le magasin. Je suis toute seule le soir et mon employée était partie.
Elle me regarda après s’être tue un instant et alors que j’allais lui poser une question elle reprit la parole.
- Oh monsieur,  vous savez, j’ai couru, couru ! Il y avait tellement de bruit sur le boulevard que mes cris n’atteignaient pas la voleuse.  Je la voyais au loin par instant mais je ne savais pas si mon chien était encore avec elle. Vous pensez si j’étais inquiète. Puis elle a disparue. J’ai demandé aux gens place Pigalle si on l’avait vue. On m’a parlé d’une altercation. Je suis arrivée trop tard mais je vous ai aperçu en train de la quitter alors qu’elle était assise sur un banc. La voleuse aussi m’a vue. Elle a semblé stupéfaite. Du coup elle a libéré mon chien. Mais j’étais trop loin et au lieu de venir vers moi, lui, il vous a couru après. Et moi aussi par conséquent, laissant la femme s’échapper en traversant le boulevard.
- Mais comment diable m’avez-vous retrouvé ? C’était une question que j’aurai du poser de prime abord et qui ne me venait à l’esprit qu’à cet instant.
- Attendez, attendez. Moi je suis arrivé place Blanche. Je suis passé devant le Moulin Rouge. Il y avait beaucoup moins de monde plus loin et j’aurai du vous voir. J’ai pensé alors que vous étiez de l’autre côté de la place. En même temps je me suis rappelé que j’avais laissé tout ouvert, le magasin, la cour et tout le reste. Le camion de livraison pouvait être là. J’ai donc téléphoné à une voisine pour l’avertir et c’est là…
C’est là qu’elle reprit sa respiration, visiblement émue et semblait-il, choquée.
 
- C’est là… Fis-je pour l’aider à poursuivre ses explications.
- C’est là que j’ai appris qu’on m’avait cambriolée. La police était déjà dans mon magasin car le livreur venait de rentrer son camion et il a retrouvé les pots, les plantes, les fleurs jetés à terre. Les objets précieux en devanture avaient été semble- -t-il fait l’objet de ce cambriolage et le tiroir caisse était grand ouvert et vidé de son contenu.
- Bigre ! Le kidnapping de votre chien n’était alors qu’un leurre destiné à vous faire quitter les lieux pour qu’ils opèrent à leur aise.
- Je le crains monsieur. Mais moi, mon trésor est là, voyez-vous. Pour le reste, je suis assurée et s’il y a des frais en plus à payer, je les réglerai. Même si l’assurance ne veut rien me rembourser.
- C’est probable. Fis-je sans réfléchir. Vous avez abandonné le magasin…
Puis me rendant compte de ma maladresse, je m’empressais d’ajouter.
- Et comment se nomme-t-il ce petit chien là ?
Elle me regarda un peu intriguée. Il est vrai que notre dialogue était plutôt décousu. Je lui répondais toujours avec un temps de retard et jamais directement par rapport à son récit. En fait notre émotion à chacun était évidente mais elle n’avait pas le même propos, la même source, la même cause. Je lui souriais donc décidé de faire un effort pour me mettre à son diapason.
- Vous avez donc pu récupérer votre chien.
- « Zébulon » répondit-elle.
- Décidément… Murmurais-je.
- Pardon ? s’exclama-t-elle n’ayant pas bien entendu ce que j’avais dit dans ma barbe.
- Décidément c’est une journée particulière. Me repris-je toujours souriant.
- C’est que monsieur, lorsque je suis sorti du café au coin de la Place Blanche après mon coup de fil, j’ai vu que vous aviez attaché mon petit trésor à la grille de la petite cage tout à côté. Vous l’avez mis là pour que je puisse le reprendre, c’est évident. Je vous en serai toujours reconnaissante.
- Mais je… m’étonnais-je.
- Vous aviez compris que je n’étais pas loin, je suppose et vous avez trouvé ce moyen élégant pour rester discret. Ce geste m’a beaucoup touché.
- Franchement je ne crois pas…
- Oh, vous savez, dit-elle en étouffant un petit rire très féminin. Il y a dans l’esprit de la femme toujours beaucoup d’intuition et nous comprenons les choses mieux que vous  les hommes. Vous êtes toujours plein d’audace,  sûrs de vous, prêts à foncer, à renverser le monde. Mais vous ne voyez pas les petits à cotés, les couleurs, les différences. C’est comme le sentiment d’un petit rien qui peut complètement changer la face des choses, les apparences, les faits. Du moins tels que vous les concevez. Ah cher monsieur, comment pourrai-je vous remercier ?
- Eh bien, je…  
J’étais embarrassé. Tout cela allait trop vite et mon esprit était autant troublé par la féminité évidente de la maitresse de cette petite boule de poils blancs que par tout ce qu’elle suggérait de mon comportement.
- Oh, c’est tout simple, reprit-elle. Vous êtes mon invité permanent et vous viendrez nous rendre visite quand vous le souhaiterez. Il a l’air tellement attaché à vous.
Le petit chien lui était assis entre nous, nous regardant tour à tour, de l’un à l’autre, au fur et à mesure de notre échange. Mais sur ces dernières paroles, il vint à nouveau se coller contre mon pantalon, s’installant plaisamment entre mes chaussures, le nez tendu vers moi, la queue frétillante.
- Visiblement oui, dus-je admettre. Et je ne sais pas pourquoi.
- Faites lui confiance, dit-elle.
- Mais enfin, chère madame, comment êtes-vous arrivé jusqu’à ma chambre ?
- Faites lui confiance vous dis-je. Quand j’ai voulu revenir sur mes pas, il a tiré sur sa laisse pour montrer qu’il voulait suivre vos traces. Et il faut croire qu’il a du nez, puisque nous sommes allés tout droit jusqu’à votre porte cochère. Là, nous sommes entrés et il a monté l’escalier d’une traite jusqu’au huitième. Ouf ! C’est haut. Mais il n’a pas hésité une seconde. J’ai du reprendre un peu mon souffle avant de frapper à votre porte.
- Alors là, j’en reste ébahi. C’est un phénomène votre chien… Heu ! « Zébulon » ? C’est ça ?
- Ah oui, c’est un phénomène insista-t-elle. J’espère que vous viendrez nous voir !
- Mais certainement lui répondis-je. Dès que mon épouse aura connaissance de cette histoire, je suis sûr qu’elle voudra faire votre connaissance.
Il y eut, il est vrai, un petit silence. Imperceptible. Mais elle sourit avant de reprendre.
- Vous serez les bienvenus. N’est-ce pas « Zébulon » ?
- Ne t’inquiète pas « Pot de colle ». Nous n’avons pas fini de nous revoir. Après tout, c’est toi qui l’a voulu, non ?
 
l.y.s.
 
 [:ange2laterre:5]  
 
Un passant.  :hello:


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"L'avenir, il ne suffit pas de le prévoir mais de le rendre possible" A. DE SAINT EXUPERY
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