Citation :
Je connais le plaisir irrésistible de se gratter la tête. Il n’y a rien de comparable à l’exploration de mes doigts rampant dans le gazon de mon crâne, là où je ne poserai jamais les yeux. Si je les y posais, cela me dégoûterait peut-être. Parce qu’il ne doit pas s’expliquer, parce qu’il est intransmissible, le plaisir demeure hors de la vue. Ainsi, pour arriver au plaisir de se gratter la tête, il est nécessaire d’obéir aux tactiques argumentatives du déguisement et de la dissimulation, en faisant confiance à l’accumulation d’indices qui éveillent le toucher et l’ouïe.
Il s’agit d’une cérémonie excessivement simple dont la seule difficulté réside en ce que l’on laisse l’ongle errer pendant quelques minutes avant de butter contre le dos d’une croûte. Si la main est bien habituée, si c’est ta main, elle ne tardera pas à trouver les plis de bonheur recouverts par le sombre jardin de la toison. L’auriculaire saura égratigner, l’annulaire saura fouiller et l’index saura distinguer le fruit dans la crinière, guidé par une intuition infaillible. Mais une fois que l’on a trouvé l’endroit définitif, on ne doit pas faire attendre trop longtemps la main, parce que cette position peut être inconfortable et même douloureuse, et le plaisir, sans forcement être perdu, pourrait se réduire à une chatouille molle et sans vigueur. Seule compte la cadence.
|