christophe nick | Le 28-10-2009 à 18:24:36, avril106 a écrit :
Christophe Nick, vous écrivez : "...comme si le fait que les investisseurs financiers ont pris le contrôle du capitalisme industriel ne modifiait pas les objectifs de rentabilité des entreprises, les obligeant à des niveaux de profitabilité démentiel qui réorientent toute l'organisation du travail"
A ce que je sache, France Telecom n'est pas détenu par des capitaux américains avides de rentabilité immédiate mais à 90% par l'état et les investisseurs institutionnels et à 4% par les salariés. La majeure partie des salariés français de FT est encore formée de fonctionnaires, protégés de la menace du chômage. Comment expliquez-vous alors que l'on ne se suicide pas plus dans le privé où les conditions de travail sont autrement plus difficiles ?
Si le taux de suicide à FT est supérieur à ce qu'il est ailleurs, ce qui mériterait d'être vérifié, faut-il penser que demander de travailler un peu plus à des personnes habituées à un rythme de travail tranquille est tellement traumatisant ? Ou que se concentre dans le secteur public une population de personnes mentalement fragiles pour qui la sécurité et la tranquillité dans le travail sont vitales ? Faire l'amalgame entre ces suicides et le stress au travail relève pour moi d'une profonde malhonnêteté. Pourquoi les médias ne disent-ils pas que le taux de suicide à FT au début des années 2000 était supérieur à ce qu'il est aujourd'hui ? Ce qui est passé totalement inaperçu à l'époque. N'est-on pas en présence d'un montage médiatique aux arrière-pensées purement politiciennes ? Montage dont vous vous faites l'instrument, consciemment ou non ?
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Il semble que plusieurs d'entre vous contestent les données statistiques qui sont avancées dans les films. Nous ne nous appuyons que sur des enquêtes officiels, des chiffres approuvés tant la les pouvoirs publics que par les universitaires. A notre connaissance, il n'existe pas de statistique sur "le taux de suicide à France Télécom au début des années 2000", en tout cas pas qui puisse être comparé à ce que l'on constate aujourd'hui: des suicides ayant comme cause première les conditions de travail. Ce phénomène (le suicide causé par son travail) n'est réellement étudié que depuis peu, et s'il l'est, c'est parce que l'ensemble des professionnels (médecins du travail, inspecteurs du travail, ministère, etc...) ont senti l'émergence assez récente de ce phénomène. Ca ne veut pas dire qu'il n'existait pas avant, tout comme le harcellement moral qui a toujours existé. C'est l'ampleur du problème qui alerte tout le monde. Parler d'un "montage médiatique" peut être rassurant pour qui ne veut pas voir le réel. Le fait, lui, reste.
Vous aurez noté que les premières statistiques (un suicide par jour en France pour une cause directement lié à l'exercice de son travail) sont, de l'avis de tous les spécialistes, considérées comme très minorées. Comme pour tous les travaux concernant les différentes formes de violence, on peut se demander si l'explosion statistique résulte du fait qu'enfin "on en parle" (agressions sexuelles, viols, petite délinquance, violences conjugales, etc) ou si "on en parle et on le mesure" parce qu'un seuil insupportable est atteint... C'est un débat sur l'oeuf et la poule. Reste que mesurer, recenser, chercher, permet de mettre en perspective des données chiffrées. Une femme sur dix est battue, c'est une réalité. Une femme sur trois a été ou sera un jour victime d'une agression sexuelle, c'est un fait. Le taux de délinquence et de criminalité a commencé à explosé statistiquement en... 1969! Il s'est stabilisé depuis les années 80. Le niveau de violence dans la délinquance a explosé depuis les années 90, il n'a fait qu'augmenter dans les années 2000.
On peut toujours se dire que rien n'a changé depuis 1750, ou 1918, ou 1981. On peut quand même observer de grosses tendances statistiques.
L'apparition des souffrances au travail procède de ce type d'évolution. Nier que ces souffrances sont en pleine explosion ne sert à rien. Elles le sont, c'est tout. La vague de suicides n'en est qu'une facette, extrême, insupportable. Que les chiffres de l'Union Européenne montrent qu'un salarié sur quatre et une sur trois souffre de détresse psychique à cause de ses conditions de travail, c'est quand même un chiffre énorme, sidérant, très inquiétant, et franchement ruineux pour le système de santé de chaque pays. Par ailleurs, il ne sert à rien de mettre en opposition des remarques globales de type macro-économique (la prise de contrôle du capitalisme financier sur le capitalisme industriel, ce qui est une tarte à la crème contesté par strictement personne et qui a déjà fait l'objet des travaux des deux derniers G20, c'est dire...) avec la problématique particulière de France Télécom (entreprise de service public qui a choisi de s'adapter aux règles du marché en développant des techniques commerciales très agressives et des méthodes de management particulièrement brutales). Effectivement, il s'agit de détruire la culture d'entreprise en quelques années, et d'obtenir, de gré ou de force, la modification radicale des méthodes de pensée et de comportement des salariés. Avant, on proposait un service. Aujourd'hui, on vend des produits. Même problème dans les banques, à la poste, etc. On peut comprendre qu'on ne bascule pas très facilement de la culture du service à celle du commerce. On sait par ailleurs que FT a voulu accélérer la mutation en poussant ceux qui ne s'adaptaient pas aux nouvelles normes à la démission. Technique absolument classique de management, moins couteuse qu'un plan social, plus discrète, mais terriblement dévastatrice.
Chaque entreprise est un cas particulier.
Le phénomène général se situe dans la mutation de l'ensemble de l'économie. Car Glass et Fenwick nous apparaissaient comme représentatives de ces mutations. |