Il est étonnant qu'après tous ces échanges sur le forum, les films soient à ce point relégués au second plan et que ne subsiste qu'une forme de « trahison ».
Je suis le directeur de production de ces films depuis le début du projet.
Il ne s'agissait pas de parler d'une entreprise, en bien et/ou en mal (en quoi cela aurait une valeur universelle ?) mais plutôt d'ausculter un processus de service. Nous nous sommes donc concentrés sur les deux populations qui rendent ce service, qui sont en relation avec le client : chargés d'assistance et techniciens. Et leur réaction (via le forum ou par ailleurs) semble montrer que nous dépeignons fidèlement la réalité de leur quotidien.
Pour reprendre le film : le chef de centre, nous l'avons rencontré lors de sa formation après embauche. Il nous est apparu humain, nous l'avons suivi sur le terrain jusqu'à ce qu'il quitte la société parce qu'on ne lui donnait pas les moyens de travailler. Nous n'en avons pas suivi d'autres. Peut-être sommes nous tombés sur un cas à part mais les témoignages du forum semblent dire que non.
De quel travestissement de la réalité parlez-vous ?
Finalement vous semblez surtout en colère contre vous même. Qu'attendiez-vous de journalistes ? Qu'ils fassent un film d'entreprise ? Les avez-vous pris pour des consultants qui réaliseraient un audit ? Nous n'avons et n'avions rien contre les gens de Carglass, ni même contre Carglass en y entrant. D'ailleurs dans l'ensemble, les personnes rencontrées étaient sympathiques. Nous n'avons pas eu à faire à des « exploiteurs ». Ce qui semble être en jeu, c'est le mécanisme qui aveugle les consciences : bah oui, c'est dur un call center, bah oui, c'est dur de poser un pare brise par 0° en 30 min. Ni vous (messieurs, dames du siège), ni moi ne ferions ça avec joie. Nous décrivons les relations de travail chez Carglass de façon plutôt positive : entraide dans le centre de réparation, sourires des chargés d'assistance,... Ce qui vous insupporte, c'est que nous dénoncions. Un peu comme si, après vous n'ayez pas donné une pièce à un SDF, nous vous tirions par la manche en vous disant « Eh c'est pas bien ce que vous faites ». C'est agaçant. Et nous comprenons votre agacement : à moins de devenir complètement cynique, on croit à son travail, on lui trouve une justification, donc on le défend, c'est humain. Mais je suis persuadé que lorsque les gens verront le film ce soir, il ne se diront pas :"Carglass est une boîte horrible" mais bien plutôt sur tel ou tel aspect "Tiens, c'est comme ça dans mon entreprise".
Nous ne disons pas « Carglass est une boîte de m***** ». Nous disons en grosse synthèse : les impératifs de profit amènent des organisations à élaborer et mettre en place les subterfuges les moins couteux afin d'obtenir le consentement d'un maximum de salariés. Il n'y a pas de fatalité du profit, nous ne sommes pas obligés d'accepter 15% de rémunération du capital. Et je ne parle pas d’une alternative communiste… Mais à partir du moment où une entreprise fait le pacte « faustien » qui revient à faire appel au marché, elle se rend nécessairement obligée de lui donner ce qu'il demande : une juste rémunération au fait d'avoir placé son argent ici. Le danger est trop grand de voir le capital prendre la poudre d'escampette si la rémunération baisse. Donc la Direction de l’entreprise est piégée, elle n’a pas d’autre moyen que de se soumettre et mettre un peu de « fun » au travail même si elle « n’est pas très optimiste sur les relations de travail en France »…
La fin du film, si vous l'avez vu, englobe tout le monde : « est-ce ce que nous voulons ? » Cela s'adresse aux entreprises, aux consommateurs, à nous tous. Ce n'est pas ce que nous voulons, pourtant c'est ce qui se passe.
Ces questions semblent plus urgentes et importantes que de revenir sans cesse sur la « manipulation ». Mais cela est magnifiquement orchestré… On remarquera que personne ne trouve rien à dire sur les extraits des deux autres films, au moins aussi forts que celui-ci…