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Winx Club : Alizarina, 1 utilisateur anonyme et 31 utilisateurs inconnus

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 Sujet :

Management et gestion, des outils de manipulation uniquement?

 
n°1240
EtuGRH
Posté le 31-10-2009 à 14:36:58  profilanswer
 

Tout d’abord, je souhaite remercier l’ensemble des personnes qui ont contribué à la réalisation et à la diffusion de ce documentaire (journalistes, chercheurs, salariés, managers, syndiqués mais aussi les équipes dirigeantes des sociétés présentées…). En regardant les trois films, j’ai apprécié la qualité du travail effectué et la multiplicité des éclairages apportés par les acteurs du monde du travail. Cependant, ce film m’a aussi profondément dérangé. Je l’ai en effet trouvé à la fois très proche de la réalité mais aussi orienté.
 
Il n'est nullement question pour moi de contester la présentation de la souffrance au travail. C'est  un sujet auquel je suis sensibilisé depuis longtemps et les documentaires, fidèles à la réalité,  en montrent trop bien les conséquences et la responsabilité partagée par quelques dirigeants et salariés silencieux (et donc consentants, même malgré eux) face à l’utilisation de pratiques condamnables (1).
 
La présentation de la mentalité de l’encadrement et des outils utilisés m’a, elle, dérangée. En effet, le discours managérial est très bien retranscrit ici et entraîne parfois des dérives indéniables. La présentation qui en est faite, à travers la recherche du profit au détriment de l’humain, est très souvent juste mais jette un trouble sur les méthodes utilisées.  
 
A mes yeux, ces méthodes et discours ne sont pas condamnables en eux même, ce sont les finalités des personnes qui les emploient qui importent le plus (thèse que je ne perçois que partiellement dans les documentaires). La reconnaissance des salariés, le partage d’expérience (« extraction des connaissances »), la formation et la volonté de donner du sens au travail sont en effet des moyens de manipuler les salariés pour en tirer le maximum mais on peut aussi y avoir recours avec des visées plus humanistes. Quelle est en effet l'intérêt du travail si l'on y est pas reconnu, valorisé pour ses efforts, s'il n'est pas l'occasion d'échanges et de partage et si l'on a pas l'occasion de s'y sentir utile?
 
Pour moi, il n’est en rien gênant qu’un employeur utilise ces méthodes pour contribuer tout à la fois à l’épanouissement des salariés et à la pérennité de l’entreprise. Le danger survient lorsque l’épanouissement du salarié ne devient plus qu’un prétexte, vide de sens, détourné pour tendre à la seule efficacité financière de l’entreprise. La différence peut paraître faible mais elle est importante et a un impact non négligeable sur les pratiques en entreprise.
 
(1) Si je me permets de parler de consentement, c’est pour  rappeler que si les craintes des salariés face à la perte de leur emploi sont légitimes, leur mutisme ne fait que renforcer les pratiques qu’ils condamnent. Mon but n’est pas de nier ni de diluer la responsabilité des harceleurs (…) mais simplement de rappeler que ce que l’on accepte que l’on fasse aux autres un jour, peut très bien nous arrivé le lendemain comme l’a déjà fait remarqué Primo Lévi à son époque.

n°1244
muzanne
Posté le 31-10-2009 à 18:20:47  profilanswer
 

Ce que vous soulignez est trés juste et équilibré, parce que la question de fond est bien de comprendre pourquoi tant de personnes consentent.  
Il est vrai qu'il n'y a rien de plus efficace que la peur et le désespoir pour paralyser les corps et les esprits, ou encore une lente progresssion de l'horreur qui fait que l'on se rends compte qu'on est coincé seulement quand il est trop tard. On s'habitue, de compromis en compromis. C'est l'histoire de la grenouille qui se retrouve cuite parce que la température de l'eau est montée trés progressivement. Il est évident que si on la jette toute crue dans de l'eau chaude, elle bondit et se bat pour vivre.  
C'est aussi vrai que rien en soit n'est mauvais, c'est l'usage qui en est fait, l'intention, la volonté qui sous tendent l'acte qui sont discutables.
Et celà s'applique à tous les domaines de la vie. Une des caractéristique de certaines sectes est justement d'utiliser des leviers psychologiques pour rendre leurs adeptes dociles, alors que dans un contexte bienveillant et compétent, ces même leviers libèrent les gens....
Rappellons nous aussi que les tyrans n'ont que le pouvoir qu'on leur donne et en la matière, bien des personnes sont des vrais paniers perçés.  Hélas.  
 
Muzanne

n°1247
laetitiade​lyon4
Posté le 31-10-2009 à 19:04:13  profilanswer
 

Le 31-10-2009 à 18:20:47, muzanne a écrit :

Ce que vous soulignez est trés juste et équilibré, parce que la question de fond est bien de comprendre pourquoi tant de personnes consentent.  
Muzanne


 
alors là le sujet m'intéresse
c'est même le coeur du shimiliblilik il me semble

n°1254
EtuGRH
Posté le 31-10-2009 à 21:41:56  profilanswer
 

N'ayant que peu de temps pour répondre ce soir, je vous renvoie aux interviews de chercheurs présentées au lien suivant : http://programmes.france3.fr/mise- [...] rviews.php . Christophe Dejours et Vincent de Gaulejac apportent des éclairages très intéressants sur le sujet (je n'ai pas encore eu le temps d'écouter les autres personnes interviewées).
 
Je me permettrai aussi un petit hors sujet en regrettant que ces interviews ne soient pas, contrairement aux documentaires, disponibles au téléchargement.
 
Cordialement.
 
P.S. : il semblerai que la deuxième partie de l'intervention de Vincent de Gaulejac n'est pas accessible.


Message édité par EtuGRH le 31-10-2009 à 22:06:25
n°1255
Vivaverra
Posté le 31-10-2009 à 22:35:41  profilanswer
 

Je vous rejoins complètement parce que le sujet du consentement et de la soumission aux systèmes autoritaires me'a préoccupe.
Comme je l'ai indiqué dans le sujet sur "le diable habite les fonds d'investissements.." plus le  système autoritaire et d'emprise s'intensifie plus ils deviennent passe muraille, ils se rétrécissent"  
Comme l'indique Christophe Dejours "ces systèmes autoritaires ne fonctionnent que parce qu'ils sont soutenus par des armées qui les soutiennent" et il donne comme exemple l'union soviétique qui s'est effondrée presque naturellement parce qu'il n'y avait plus personne pour la soutenir.
un exemple significatif: J'ai recueilli récemment les propos de managers d'une grande entreprise qui me relataient le discours du DG qui "leur avait soutenu que "l'entreprise devenait une vraie entreprise (plus paternaliste comme avant) et qu'il fallait maintenant se débarr

n°1256
Vivaverra
Posté le 31-10-2009 à 22:58:50  profilanswer
 

(pardoil y a eu un petit pb technique) je continue : "le patron a sorti une tirade digne d'un grand psychopathe sur le fait qu'il fallait se débarrasser des maillons faibles, comme sur les bateaux ou parlant du sort des lionceaux fragiles dans la jungle...en gros: mots aux faibles et gare à ceux quoi n'obéissent pas  (ssus entendu j'ai le droit de vie ou e mort sur vous"
j'ai demandé comment l'assistance avait réagi: réaction "on était mort de trouille".
cette histoire est typique du fonctionnement d'emprise (voir du père incestueux) qui hypnotise ses victimes en leur faisant croire qu'elle a droit de vie sur eux et qu'elle les considère comme ses choses. Je crois qu'au delà d'une analyse sur la lacheté humaine il faut aller regarder du côté de la manipulation hypnotique qu'exerce les individus pervers sur leurs victimes. On dévalorise les personnes, on leur fait croire qu'elles sont nulles, on les dépossède petit à petit et on les installe dans un système d'emprise que je crois très hypnotique. A cela s'ajoute qu"en France on veut appliquer bêtement les méthodes US dans un contexte qui ne correspond absolument pas à la flexibilité du marché US. image dévalorisante du chomage, On ne retrouve pas un job aussi facilement en France qu'aux US,etc...donc la peur de perdre son job est très forte et cela renforce l'acceptation de  l'inacceptable .
 
Mais je suis intéressée à partager d'autres analyses, sur les raisons de la soumission aux systèmes autoritaires en espérant qu'on a évolué depuis Pétain.

n°1306
jj23
Posté le 02-11-2009 à 11:14:30  profilanswer
 

Le 31-10-2009 à 14:36:58, EtuGRH a écrit :

... A mes yeux, ces méthodes et discours ne sont pas condamnables en eux même, ce sont les finalités des personnes qui les emploient qui importent le plus (thèse que je ne perçois que partiellement dans les documentaires).  
...
Pour moi, il n’est en rien gênant qu’un employeur utilise ces méthodes pour contribuer tout à la fois à l’épanouissement des salariés et à la pérennité de l’entreprise. Le danger survient lorsque l’épanouissement du salarié ne devient plus qu’un prétexte, vide de sens, détourné pour tendre à la seule efficacité financière de l’entreprise. La différence peut paraître faible mais elle est importante et a un impact non négligeable sur les pratiques en entreprise.
...[/i]


Autrement dit, pour vous, l'important c'est d'avoir la conscience tranquille avec ses intentions.
Une méthode est acceptable si elle vise l'épanouissement du salarié, elle ne l'est pas si elle vise l'efficacité financière?
Avec cette théorie "sur la finalité", celui qui frappe ou punit quelqu'un "pour son bien" est autorisé à le faire, celui qui frappe ou punit quelqu'un par cruauté, ne l'est pas.
Il faut, à mon avis, pousser un peu la réflexion sur l'effet produit et sur l'honnêteté intellectuelle, dont on peut bien se passer, mais n'est-ce pas ça l'éthique?

n°1342
muzanne
Posté le 04-11-2009 à 07:30:17  profilanswer
 

En principe, quand on est vraiment au clair avec ses intentions (et dieu sait que c'est dur d'être honnête avec soi-même) et qu'on envisage une situation dans sa globalité, on trouve d'autres moyens que de punir ou frapper quelqu'un même pour son bien, non?
Mais vous avez raison d'être circonspect, ce n'est pas un travail facile que de faire le point sur ses intentions, la "séduction" du pouvoir est infinie....Ca va certainement vous faire sourire, mais je relis en ce moment "le seigneur des anneaux" de Tolkien, le sujet y est excellement abordé, cet ouvrage est une source de réflexion trés pertinente sur les sujets qui nous préoccupent aujourd'hui.

n°1343
jj23
Posté le 04-11-2009 à 11:52:18  profilanswer
 

muzanne, oui, on trouve d'autres moyens si on réprouve la violence et l'humiliation, mais vous êtes d'accord que des personnes utilisent quand même ces moyens, en sachant qu'ils sont réprouvés.
Le problème n'est pas tant au niveau de l'honnêteté avec soi-même que dans la capacité, pour celui qui est utilisé et du fait que son jugement peut se trouver altéré si les intentions sont travesties, de se soustraire à une situation lorsqu'elle peut lui nuire.

n°1349
mars1333
Posté le 04-11-2009 à 18:45:55  profilanswer
 

Si vous le pouvez, allez sur l'onglet "interview" du site "la mise à mort du travail": les 5 dernières (filmées) sont vraiment très instructives

n°1352
muzanne
Posté le 05-11-2009 à 07:22:30  profilanswer
 

Le 04-11-2009 à 11:52:18, jj23 a écrit :

muzanne, oui, on trouve d'autres moyens si on réprouve la violence et l'humiliation, mais vous êtes d'accord que des personnes utilisent quand même ces moyens, en sachant qu'ils sont réprouvés.
Le problème n'est pas tant au niveau de l'honnêteté avec soi-même que dans la capacité, pour celui qui est utilisé et du fait que son jugement peut se trouver altéré si les intentions sont travesties, de se soustraire à une situation lorsqu'elle peut lui nuire.


 
Oui, je comprends parfaitement ce que vous décrivez, m'étant moi-même trouvée plusieurs fois sous l'emprise d'odieux personnages (sous des dehors charmants) . Je vous passe les détails, et c'est trés difficile de s'en sortir effectivement. Depuis, je reste trés vigilante dans mes rapports de subordination surtout, et je n'hésite pas à confronter les affreux jojos à leurs contradictions et à les renvoyer à eux mêmes en les regardant bien droit dans les yeux.  Et surtout, je mets tout par écrit sans rentrer dans le jugement, en posant des questions, style tel jour vous avez dit celà, je ne comprends pas, pouvez vous m'expliquer?  
Du genre "je vois clair dans ton jeu" tout en restant bien centrée sur mes valeurs et mes intentions justement. Je sais aussi que la plupart des personnes qui utilisent la brutalité, l'humiliation et autres "sucreries" ont été elles-mêmes abusées et ne s'en sont pas remises. Une autre expérience que celle de Milgram a été menée, je ne me rappelle plus son nom, mais le chercheur en question a publié un livre "comment des personnes gentilles deviennent diaboliques", on peut trouver ses conclusions sur le net.  
Je crois aussi qu'à un moment, il faut briser le cercle et que personne n'a rien à gagner si de harcelé on devient soi-même harceleur, par contamination, phénomène qu'il ne faut pas sous estimer. Donc, pour moi, il s'agit avant tout de travailler sur mes intentions et de les clarifier au maximum pour ne pas tomber dans le piège du pouvoir. De faire le choix, avec les difficiles conséquences que celà implique, et de refaire ce choix perpétuellement.  
cordialement,  
 
Muzanne

n°1376
VIP10000
Posté le 12-11-2009 à 16:33:41  profilanswer
 

Il y a quelques années, à un poste que je n'occupe plus, une partie de mon activité consistait à animer des réunions. Mes études universitaires, ma trentaine d'années, quelques années d'expérience, pour une activité assez technique, je ne sais si ça me rendait ennuyeuse, mais ce qui aurait pu n'être qu'une vague impression, me fut réellement suggéré, par monsupérieur hiérarchique: "il faut les aguicher un peu" (les participants), me dit-il.  
Aurait-il fallu que j'augmente mon tour de poitrine, que je blondisse mes cheveux et que je porte des vêtements bien moulants en forçant le sourire, que je me métamorphose pour mieux correspondre au poste et aux attentes? Je l'aurais fait qu'on aurait peut-être augmenté mon salaire qui sait? Je n'ai jamais envisagé mon activité professionnelle sous cet angle, ce n'est pas non plus dans ma culture.  
Aguicher, le mot évoque la prostitution, rien que ça, drôle de sollicitation.  
L'identité se construit dans le travail, il nous révèle, dit Christophe Dejours. L'identité y est aussi mise à l'épreuve, l'identité, c'est surtout ce dont certaines entreprises ont l'air de préférer que les salariés se défassent dès qu'ils franchissent la porte. L'identité fragile ou peu affirmée arrange, d'une certaine façon, c'est celle de ceux dont on fait ce qu'on veut, qui marchent facilement à la carotte et au bâton.
 
Alors, c'est peut-être pour ça que les femmes ont des salaires inférieurs de 20% aux hommes: elles ne sont pas assez aguicheuses. Aguicher, ça peut faire décrocher des contrats et ça peut améliorer le quotidien. Chez Elf, on l'avait bien compris en embauchant Christine Deviers-Joncour en 1990, pour remplir une mission: influencer le ministre Roland Dumas pour la vente de frégates à Taïwan. Ce qui réussît, en échange de quoi, elle reçut soixante millions de francs de commissions, partagés avec son ami Gilbert Miara, parmi d'autres avantages. Le titre de son livre "La ***** de la République" (que j'avoue n'avoir pas lu, je lui ai préféré celui de Roland Dumas), en dit long sur la nature du rôle qu'elle accepta de jouer. Si elle en prit conscience, ce ne fut peut-être qu'à cause de sa condamnation, pour les commissions perçues, et de sa détention car sans une dénonciation par une lettre anonyme, personne n'en aurait jamais rien su.  
Aucune raison pourtant de penser que ces pratiques seraient isolées.  
 
Et justement dans son livre, "L'épreuve, Les preuves" (2003), Roland Dumas décrit l'acharnement de la presse, contre lui, en particulier du journal Le Monde, et l'instruction à charge des deux magistrates, dont l'une est Eva Joly. Il évoque les déferlantes, des vagues sournoises redoutées des barreurs, parce qu'elles arrivent par l'arrière et peuvent faire chavirer l'embarcation, il écrit aussi: " ... j'insiste sur ce harcèlement car nul ne peut imaginer le désespoir dans lequel il vous plonge, s'il ne l'a pas vécu ... " et  "Et puis quoi? De quoi puis-je me plaindre, je ne me suis pas suicidé!" .... Ainsi, il a pu écrire ce livre.


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